Edouard Philippe veut bannir l'écriture inclusive des textes officiels

Par @Culturebox
Mis à jour le 21/11/2017 à 19H49, publié le 21/11/2017 à 16H15
Edouard Philippe à Bobigny, le 20 novembre 2017

Edouard Philippe à Bobigny, le 20 novembre 2017

© STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

La consigne a été donnée à tous les ministres du gouvernement. Dans une circulaire diffusée le 21 novembre 2017, le Premier ministre a demandé que l'écriture inclusive, cette règle controversée d'élargissement au féminin des noms et adjectifs pluriels dans la langue française, soit proscrite des textes officiels produits par l'exécutif.

La question suscite un vif débat de société depuis plusieurs mois : écriture inclusive ou pas écriture inclusive. Certaines entreprises ont fait le choix d'incrémenter cette méthode d'orthographe permettant de coupler féminin et masculin. Edouard Philippe a lui aussi tranché : "Je vous invite, en particulier pour les textes destinés à être publiés au Journal officiel (JO) de la République française, à ne pas faire usage de l'écriture dite inclusive", écrit le chef du gouvernement, dans cette circulaire à paraître mercredi dans ce même JO.

"Les administrations doivent se conformer aux règles grammaticales et syntaxiques"  

"Outre le respect du formalisme propre aux actes de nature juridique, les administrations relevant de l'Etat doivent se conformer aux règles grammaticales et syntaxiques, notamment pour des raisons d'intelligibilité et de clarté de la norme", justifie-t-il. L'ancien maire du Havre y demande à ses ministres de veiller à "la bonne application de ces principes" par "l'ensemble des services placés sous (leur) autorité".

Portée par des cercles féministes mais rejetée par l'Académie française notamment, l'écriture inclusive remet en cause la règle d'accord de la langue française, jugée sexiste, selon laquelle, au pluriel, "le masculin l'emporte sur le féminin". 

Reportage J.Beckrich, C.Sinz, 27/10/2017
Elle se traduit par des graphies comme "les député.e.s" ou "les électeur.rice.s" ou par une règle d'accord avec le sujet le plus proche, par exemple "Louis et Louise sont belles".Alors que le débat fait rage en France, notamment avec l'édition d'un manuel scolaire en écriture inclusive, la circulaire vise à apporter une "clarification après des initiatives dans certaines administrations" et à "clore la polémique", a expliqué Matignon. Ce qui n'empêche pas le gouvernement d'être par ailleurs "résolument engagé dans le renforcement de l'égalité entre les femmes et les hommes", selon le texte de la circulaire.

On écrira cependant "la ministre" ou "la secrétaire générale"

Dans sa note, Edouard Philippe précise par ailleurs les règles d'accord qui doivent s'appliquer dans les actes administratifs. Dans les textes réglementaires, "le masculin est une forme neutre qu'il convient d'utiliser pour les termes susceptibles de s'appliquer aux femmes", indique-t-il. En revanche, quand l'auteur d'un texte officiel ou la personne nommée est une femme, il convient bien d'écrire "la ministre", "la secrétaire générale" et de féminiser la fonction en se référant à un guide ("Femme, j'écris ton nom...") élaboré par le CNRS et l'Institut nationale de la langue française. 
 
Petite exception: dans les actes de recrutement et avis de vacances publiés au JO, le Premier ministre demande d'utiliser des formules comme "le candidat ou la candidate" afin cette fois "de ne pas marquer de préférence de genre".

La Mairie de Paris garde l'écriture inclusive

En guise de réponse, plus tard dans la journée du 21 novembre, la Mairie de Paris a annoncé qu'elle continuerait à utiliser l'écriture inclusive dans ses communiqués. Nous "gardons l'écriture inclusive. On comprend le français quand on écrit .e !", a indiqué Hélène Bidard, adjointe PCF à la lutte contre les discriminations de la maire PS Anne Hidalgo.

L'adjointe avait été interpellée mardi en séance du Conseil de Paris par l'élu LR Jean-Baptiste de Froment qui avait demandé à la Ville de "renoncer" à l'écriture inclusive. "Je trouve que cette décision est autoritaire", conclut Mme Bidard au sujet de l'annonce faite par le Premier ministre.