Coupe du Monde : pourquoi les Pussy Riot ont-elles fait intrusion à la finale ?

Mis à jour le 17/07/2018 à 15H46, publié le 16/07/2018 à 19H27
Les Pussy Riot revendiquent leur intrustion durant la finale de Coupe du Monde.

Les Pussy Riot revendiquent leur intrustion durant la finale de Coupe du Monde.

© Saisie écran YouTube Wearepussyriot

Le collectif russe contestataire et féministe Pussy Riot a réussi l'impensable dimanche durant la finale de la Coupe du monde de football. Alors que la France et la Croatie s'affrontaient au stade Loujniki de Moscou, quatre personnes du groupe punk déguisées en policiers se sont invitées brièvement sur la pelouse. Quel message voulaient-elles faire passer et quel sort leur est réservé ?

C'était à la 53e minute du match France-Croatie (la France menait alors 2 à 1). Quatre intrus portant des uniformes de policiers réussissent à pénétrer sur la pelouse sous les caméras du monde entier. Il s'agit de trois femmes ( Olga Kouratcheva, Olga Pakhtousova et Veronika Nikoulchina) et d'un homme (Piotr Verzilov). Ils ne font que quelques mètres sur le terrain, mais une des femmes cavale et parvient à taper dans les mains de Kylian M'Bappe, un geste immortalisé par une photo qui a fait le tour du monde sur les réseaux sociaux.

Les Pussy Riot revendiquent leur "performance" sur la pelouse, à voir à partir de 1:30.

Les Pussy Riot souhaitaient attirer l'attention sur les prisonniers politiques

Quelques minutes plus tard, et alors que les quatre personnes ont été aussitôt interpellées par la police moscovite, le collectif anti-Poutine Pussy Riot revendique cette intrusion-performance sur sa page Facebook. Le groupe  explique que les quatre membres représentaient des "policiers célestes qui surveillent doucement les supporteurs du Mondial (...) et le respect des règles du jeu", à la différence des "policiers terrestres" russes qui "dispersent les manifestations" et "font du mal à tous".

Les Pussy Riot expliquent, toujours sur leur page Facebook, vouloir ainsi attirer l'attention sur le problème des prisonniers politiques en Russie, dont ils réclament la libération et en particulier celle du cinéaste ukrainien Oleg Sentsov, 42 ans, en grève de la faim depuis plus de deux mois. Sentsov a été condamné à 20 ans de camp par la justice russe pour "terrorisme" et "trafic d'"armes". Les Pussy Riot réclament aussi par ce geste la fin des arrestations arbitraires et des affaires pénales "fabriquées" par le pouvoir russe. Et l'autorisation de la "compétition politique" démocratique en Russie.

L'accueil glaçant d'un policier russe

Après quelques secondes en pleine lumière, que sont devenus les quatre contestataires après leur interpellation ? Une vidéo (d'origine inconnue comme le souligne Le Monde et dont l'authenticité reste donc à prouver) postée sur le compte Twitter de l'opposant Alexeï Navalny, semble avoir été filmée dans des locaux du stade. On y voit deux des Pussy Riot, Veronika Nikoulchina et Piotr Verzilov, face à un policier hors champ visiblement hors de lui.

Selon Le Monde, le policier aboie "Des menottes ! Que quelqu’un me donne des menottes pour ces deux-là !", en qualifiant les activistes de "petites merdes". "Alors, vous avez décidé de vous en prendre à la Russie, hein ?",  poursuit la voix. "La Russie va devoir payer une amende à la FIFA à cause de vous." Et d'ajouter "Parfois je regrette que ce ne soit pas encore 37 !" (allusion à la terreur stalinienne).

Une nuit au poste avant d'être jugés

Les quatre militants ont ensuite passé la nuit au poste avant d'être présentés à un juge. Ils ont été reconnus coupables d'avoir "gravement enfreint les règles du comportement des spectateurs" et se sont vus infliger la peine maximale : 15 jours de prison assortis de l'interdiction d'assister à des événements sportifs pour trois ans, a rapporté le site MediaZona, spécialisé sur la justice.  
 
Le collectif activiste punk et féministes des Pussy Riot s'est fait connaître en 2012 lorsque trois militantes avaient chanté une "prière punk" contre Vladimir Poutine dans une église orthodoxe de Moscou, coiffées de leurs cagoules colorées. Elles avaient été condamnées à deux ans de camp de travail pour blasphème et vandalisme.