"Même pas peur !" : Charb, patron de Charlie Hebdo, disait ne craindre personne

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 07/01/2015 à 19H02
Charb en 2011, devant les locaux du Charlie Hebdo détruits par un cocktail Molotov. L'incendie était criminel : le journal s'appretait a sortir cette semaine un numero special, rebaptisé pour lÍoccasion " Charia hebdo".

Charb en 2011, devant les locaux du Charlie Hebdo détruits par un cocktail Molotov. L'incendie était criminel : le journal s'appretait a sortir cette semaine un numero special, rebaptisé pour lÍoccasion " Charia hebdo".

© URMAN LIONEL/SIPA

Le dessinateur Charb, directeur de la publication de Charlie Hebdo depuis le départ de Philippe Val en 2009, est mort ce 7 janvier dans l'attentat. Dessinateur engagé dès son plus jeune âge, il a toujours pratiqué un humour militant et corrosif. Réellement menacé à plusieurs reprises par des groupes terroristes, il disait ne craindre personne.

"A Charlie Hebdo, on n'a pas l'impression d'égorger quelqu'un avec un feutre", disait Charb en évoquant la façon dont le journal satirique abordait la question de l'islam. 

"On a toujours vécu avec des menaces"

"Depuis qu'on fait Charlie Hebdo, on a toujours vécu avec des menaces. Les gens qui menacent sont ultra minoritaires et ceux qui passent à l'action sont encore plus minoritaires", avait-il déclaré en 2012 après l'interpellation d'un homme soupçonné d'avoir appelé à le décapiter sur un site jihadiste.
 
Le portrait de Charb figurait, avec huit autres, dans une liste de "Recherchés, morts ou vifs, pour crimes contre l'islam" publiée au printemps 2013 par la revue jihadiste en anglais "Inspire". Cette revue en couleurs, mise en ligne régulièrement par des membres anglophones d'Al Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa), demandait aux volontaires du monde entier de "défendre le prophète Mohamed" et clamait, sous le portrait du pasteur américain fondamentaliste Terry Jones exécuté d'une balle dans la tête : "Une balle par jour tient les infidèles en respect". Sur une série de trois fois trois photos, celle de Charb, est dans la colonne du centre, à côté de celles de Geert Wilders, député néerlandais hostile à l'islam, et celle de Lars Vilks, dessinateur suédois, auteur en 2007 d'un dessin représentant le prophète Mahomet en chien. 

Aucun tabou

Depuis le départ de Philippe Val en mai 2009, Stéphane Charbonnier, dit Charb, qui avait participé au lancement de Charlie Hebdo, en était devenu le directeur de publication.

L'irrévérence est la marque de fabrique de Charb depuis toujours. Jean-François Guyot, aujourd'hui journaliste à l'AFP, qui a connu Charb à la fin des années 80 aux "Nouvelles du Val-d'Oise" dit : "Il n'avait pas de limite dans l'irrévérence, il fallait parfois même le freiner parce qu'il n'avait pas froid aux yeux et ne craignait personne".

Avec son trait épais et ses trognes allumées, Charb ne reculait devant aucune plaisanterie même du plus mauvais goût. Les guerres, la politique et les politiciens, la télé-réalité, la maladie ou les religions, aucun sujet n'était à l'abri de son crayon.
 
"C'est en refusant par peur ou par paternalisme de traiter les musulmans comme des citoyens avant de les traiter comme des croyants qu'on fait de l'islam un tabou", disait-il en juin 2013 à l'occasion de la sortie du second tome de "La Vie de Mahomet", édité par Charlie Hebdo. Dans cette bande dessinée biographique, le journal satirique présentait la vie du prophète à partir de textes rédigés par des chroniqueurs musulmans.

Gérard Vandenbroucke, Président du Conseil Régional du Limousin et Président du Centre du dessin de presse et d'humour de St-Just-le-Martel connaissait bien Wolinski, Cabu, Tignous et Charb.
Terriblement affecté par le drame il confirme que Charb n'avait pas pas peur

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