L'école de samba de Beija-Flor triomphe au carnaval de Rio, sur des accents très politiques

Mis à jour le 15/02/2018 à 15H16, publié le 15/02/2018 à 15H13
Au carnaval de Rio, l'école de samba Beija-Flor mime une scène de violence (13 février 2018)

Au carnaval de Rio, l'école de samba Beija-Flor mime une scène de violence (13 février 2018)

© Silvia Izquerdo / AP / SIPA

L'école de samba Beija-Flor a remporté mercredi le 14e titre de son histoire au carnaval de Rio, grâce à son défilé à forte tonalité politique qui a dénoncé sans concession la corruption et la violence au Brésil.

Après un fort suspense, l'école de samba de Beija-Flor, de Nilópolis, banlieue populaire située au nord de Rio, a assuré sa victoire seulement lorsqu'est tombée la dernière note, déclenchant une explosion de joie des supporters habillés en bleu et blanc au sambodrome.
 
C'est dans cette immense enceinte qu'ont eu lieu dans les nuits de dimanche à lundi et lundi à mardi les défilés spectaculaires des 13 écoles de samba de Rio, devant quelque 72.000 spectateurs en liesse.
 
Beija-Flor a coiffé sur le poteau Paraíso do Tuiuti, arrivée deuxième avec un autre défilé contestataire, qui représentait notamment le président conservateur Michel Temer en vampire juché sur un sac rempli d'argent.
Le clip officiel de l'école de samba Beija-Flor pour le carnaval 2018

Des scènes illustrant le quotidien des favelas

Les écoles ont été notées par 36 jurés selon neuf critères très précis, du thème choisi à la qualité des chars et des costumes, en passant par les chansons interprétées ou les performances des percussionnistes.
 
Un des chars de Beija-Flor a fortement marqué les esprits, avec des scènes illustrant le quotidien des favelas : fusillades, braquages, prises d'otages, et le corps d'un enfant, tué par balle, dans un cercueil avec le message : "Encore une espérance perdue".
 
Le défilé s'est inspiré de l'histoire de Frankenstein pour dépeindre un Brésil victime des attaques de "monstres" comme la corruption et de l'intolérance.
 
Beija-Flor a aussi fait défiler des hommes d'affaires véreux, les poches débordant de billets, distribuant des liasses à la ronde, pour dénoncer la corruption qui ronge le Brésil.

La drag-queen Pabllo Vittar sur un char, pour la tolérance

L'école de Beija-Flor a également lancé un message sur la tolérance, faisant parader sur un char allégorique la célébrissime drag-queen Pabllo Vittar, couverte d'un voile arc-en-ciel, en hommage à la communauté LGBT victime de plus de 300 meurtres par an au Brésil.
 
"C'est une victoire du peuple, une critique de ce qui se passe en ce moment au Brésil, toutes ces inégalités", s'est époumoné au micro de TV Globo Neguinho da Beija-Flor, chanteur et figure emblématique de l'école, fou de bonheur après l'annonce des résultats.
 
Deux écoles ont été reléguées en deuxième division : Imperio Serrano et Grande Rio, dont un char n'a pas pu prendre part au défilé à cause d'une panne de dernière minute. Une autre va monter dans ce "groupe spécial" qui constitue l'élite des écoles de samba, qui seront donc 12 au total.