A Saint-Ouen, le lieu culturel underground "Mains d'Oeuvres" est en sursis

Par @Culturebox
Mis à jour le 29/10/2017 à 17H24, publié le 29/10/2017 à 17H05
Le lieu culturel "Mains d'Oeuvres" à Saint-Ouen.

Le lieu culturel "Mains d'Oeuvres" à Saint-Ouen.

© PHOTO12 / GILLES TARGAT

Restera, restera pas ? Le centre culturel "Mains d'oeuvres" était installé à Saint-Ouen aux portes du périphérique depuis plus de quinze ans. Lieu phare de la culture underground, abritant notamment le festival Mo'fo, il est aujourd'hui menacé par la mairie qui, à sa place, voudrait le conservatoire municipal. Un bras de fer s'est engagé entre l'association culturelle et le maire UDI de la ville.

Construit en 1959, le bâtiment en briques aux élégantes formes courbes a longtemps accueilli le centre social et sportif de l'entreprise Valeo. En 1998, la municipalité, alors communiste, rachète cet espace de 4.000 m2 et le loue à l'association Mains d'Oeuvres.

Ecrin parfait du festival Mo'fo

Le lieu qui ouvre en 2001, s'impose rapidement comme un lieu phare de la culture underground, accueillant des artistes en résidence, des expositions, des concerts et des festivals de musique réputés, comme le Mo'fo, un "festival indé, chaleureux et joyeusement foutraque", comme dit Libération en 2012 ou "pionnier", comme ajoutent Les Inrocks en 2017. 
En 2010, un incendie ravage une partie des locaux et fragilise la structure. Puis, en 2014, le nouveau maire de Saint-Ouen, William Delannoy, met fin à la subvention de 91.000 euros dont elle bénéficiait. Au bord de la liquidation judiciaire, l'association négocie en novembre 2015 un accord avec la ville : celle-ci renonce à exiger un loyer et tire un trait sur trois ans d'impayés contre l'engagement de Mains d'Oeuvres de restituer le bâtiment au plus tard le 31 décembre 2017.

25 salariés et 250 artistes en résidence

Mais la nouvelle équipe, aux commandes depuis 2016, estime que le protocole n'a pas été rédigé de manière loyale. Une bataille juridique va donc s'engager à l'expiration du bail, début janvier. Mais quoi qu'il en soit, "on va rester", affirme Juliette Bompoint, la directrice, qui aime à rappeler que Mains d'Oeuvres, avec ses 25 salariés, ses 250 artistes en résidence et ses 25.000 visiteurs annuels a un "modèle économique qui marche".
Le lieu culturel Mains d'Oeuvres à Saint-Ouen.

Le lieu culturel Mains d'Oeuvres à Saint-Ouen.

La directrice assure avoir tout tenté pour instaurer un "dialogue constructif" avec le maire. Y compris en lui proposant de racheter le bâtiment, dans lequel l'association a réalisé pour 4 millions de travaux, ou d'y accueillir une partie du conservatoire.

Soutien de la ministre de la culture Nyssen et de la présidente de la région Pécresse

Alors qu'une pétition a recueilli plus de 15.000 signatures, Juliette Bompoint se prévaut de soutiens de poids : celui de la ministre de la Culture Françoise Nyssen, à qui elle a demandé la nomination d'un médiateur, mais aussi de la présidente LR de la région, Valérie Pécresse, ainsi que du président PS du département, Stéphane Troussel.
"Je sais que le foncier est rare et cher mais les gens passent le périphérique aussi parce qu'il y a ce type de lieux", estime ce dernier, pour qui "la mixité passe aussi par la culture". De son côté, le député LFI Eric Coquerel relève de son côté une "contradiction entre la volonté du maire de 'gentrifier' la ville et celle de fermer cet lieu" qui concourt à son attractivité auprès des Parisiens. "On ne remplacera pas Main d'oeuvres du jour au lendemain, ça a sa place", affirme le parlementaire.

William Delannoy défend son projet de conservatoire, l'étroitesse des locaux actuels ne permettant pas de répondre aux besoins d'une ville de 60.00 habitants, qui plus est en plein développement. "Si Valérie Pécresse me donne 15 millions d'euros, pas de problème pour implanter le conservatoire autre part mais, en l'état, Saint-Ouen n'a pas les moyens d'acheter ailleurs", ajoute l'édile. Et de rappeler que la commune a "offert 12 millions d'euros" de loyers à Mains d'Oeuvres et ce alors que jusqu'en 2015, le lieu était très "parisien" et associait peu les Audoniens selon lui.

William Delannoy : "entre Mains d'Oeuvres et le conservatoire, je choisis le conservatoire"

"Quand Saint-Ouen était la deuxième ville la plus riche du département, on pouvait se le permettre, mais avec 165 millions d'endettement...", poursuit William Delannoy. Las de passer pour le "méchant de droite qui n'aime pas la culture", celui qui vendait des jeans dans une boutique des Puces avant de prendre la tête de la ville conclut : "Je ne pense pas que Mains d'Oeuvres soit inutile, mais si je dois chMains d'oeuvresoisir entre Mains d'Oeuvres et le conservatoire, je choisis le conservatoire".