François Ozon s'inspire d'une affaire de prêtre pédophile pour son prochain film

Publié le 04/10/2018 à 17H53
Le réalisateur François Ozon aborde le sujet du silence de l'Eglise sur la pédophilie dans son prochain film "Grâce à Dieu".

Le réalisateur François Ozon aborde le sujet du silence de l'Eglise sur la pédophilie dans son prochain film "Grâce à Dieu".

© Ian Langsdon / MaxPPP

Pour son prochain film baptisé "Grâce à Dieu", attendu en salles en février, le réalisateur François Ozon s'est inspiré de l'affaire Preynat. Mis en examen en 2016 et placé sous conttrôle judiciaire, ce prêtre lyonnais est accusé d'abus sexuels sur des dizaines de scouts dans les années 1980-1990.

Un portrait d'hommes abusés

Tournée en partie à Lyon (pour les extérieurs) et en secret, "Grâce à Dieu" est une fiction inspirée de faits réels. Elle évoque la naissance de l'association des victimes du père Preynat, "La Parole Libérée", dont l'un des fondateurs, Alexandre Hesez-Dussot, est incarné à l'écran par l'acteur Melvil Poupaud. C'est ce que rapporte en exclusivité le quotidien Le Progrès.

"Après des films sur des personnages de femmes fortes, j'avais envie de m'intéresser à la fragilité masculine. De parler d'hommes qui ont été blessés, meurtris dans leurs corps", déclare le réalisateur, "tombé par hasard" sur le site de La Parole Libérée.

"Le film est un portrait de ces hommes abusés, comment ils ont vécu leur traumatisme, comment ils ont libéré leur parole et quelles ont été les répercussions familiales et sociales. Ce film est vraiment raconté du point de vue des victimes", ajoute-t-il dans Le Progrès.

Le silence de l'Eglise sur la pédophilie

Se défendant de faire un film à charge contre l'Eglise, François Ozon préfère dire qu"il pose beaucoup de questions" en abordant "le silence de l'Eglise sur la pédophilie" et en suivant "le combat" des victimes qu'il a rencontrées avec leur entourage, "avec leurs points de vue différents sur l'affaire".
 
"Dans la préparation, le sujet faisait très peur. Beaucoup de gens ne voulaient pas y être associés", relève le réalisateur qui a tourné les scènes dans les églises "en Belgique et au Luxembourg".

François Ozon n'a pas jugé nécessaire de rencontrer le père Preynat, 72 ans, ou le cardinal Philippe Barbarin, également interprétés à l'écran, dans la mesure où son film est une "fiction". "Je ne pense qu'ils auraient accepté de toute façon et je ne voulais pas que l'Eglise empêche le film d'exister", ajoute-t-il.

L'affaire du père Preynat

Le père Preynat a été mis en examen en janvier 2016 et placé sous contrôle judiciaire pour des agressions sexuelles remontant jusqu'à 1986. Plus de 70 victimes présumées ont été recensées par "La Parole Libérée", pour lesquelles les faits sont prescrits dans la majorité des cas.

L'instruction judicaire est toujours en cours dans ce dossier. Le père Preynat est parallèlement l'objet d'un procès canonique, qui doit reprendre sous une forme "judiciaire", après un an de suspension afin d'ouvrir la voie à des "réparations".

Long de 2h18, le film "Grâce à Dieu" avec Melvil Poupaud, Denis Ménochet et Swann Arlaud, est attendu en salles le 20 février 2019.