La mort de Nicolas Roeg, réalisateur de "L'homme qui venait d'ailleurs" avec Bowie

Mis à jour le 26/11/2018 à 18H20, publié le 26/11/2018 à 15H53
Le cinéaste Nicolas Roeg, entouré de l'actrice Candy Clark et de David Bowie sur le tournage de "l'Homme qui venait d'ailleurs" en 1976.

Le cinéaste Nicolas Roeg, entouré de l'actrice Candy Clark et de David Bowie sur le tournage de "l'Homme qui venait d'ailleurs" en 1976.

© Studiocanal Films Ltd/Mary Evans/SIPA

Le cinéaste britannique Nicolas Roeg, connu pour son approche originale et provocante du 7e art, est mort vendredi à l'âge de 90 ans. Il avait notamment dirigé Mick Jagger dans "Performance" en 1970 et David Bowie dans le rôle marquant de "L'Homme qui venait d'ailleurs" en 1976.

A ses débuts en tant que cinéaste en 1970, Nicolas Roeg avait déjà deux décennies de pratique du cinéma derrière lui : après avoir travaillé à ses débuts sur "Lawrence d'Arabie" en 1962, il était notamment chef opérateur sur "Farenheit 451" de François Truffaut en 1966 et sur "Loin de la foule déchaînée" de Paul Schelsinger (1967).

"Performance" avec Mick Jagger

Nicolas Roeg passe à la réalisation de façon retentissante en 1970 avec "Performance". Co-réalisé avec le peintre Donald Cammell, ce film dans lequel il dirige Mick Jagger, devait au départ n'être qu'une mise en valeur du chanteur des Rolling Stones qui y interprète... une rock star recluse donnant la réplique à un truand en cavale (James Fox).

Les responsables de Warner Bros furent si horrifiés en découvrant ce film kaleïdoscopique si chargé en sexe, drogue et violence, qu'ils en repoussèrent la sortie durant deux ans. Bien que remonté et tripatouillé pour paraître plus présentable, le film devint culte.

"L'Homme qui venait d'ailleurs" avec Bowie

Après le succès de "Ne vous retournez-pas" ("Don't Look Now"), adapté de Daphné du Maurier avec Donald Sutherland et Julie Christie, très admiré outre-Manche mais moins connu en France, Nicolas Roeg réalise le film de science fiction "L'Homme qui venait d'ailleurs" (1976) avec David Bowie dans le rôle titre.

Un rôle d'extra-terrestre troublant, celui de Thomas Jerome Newton, qui va coller à la peau du musicien jusqu'à la fin de ses jours. "Lazarus", la comédie musicale sur laquelle Bowie a travaillé les dernières années de sa vie, consiste en effet en une suite de "L'Homme qui venait d'ailleurs".

Pour "Enquête sur une passion" ("Bad Timing") sorti en 1980, Nicolas Roeg fait encore appel à une star de la pop, le chanteur Art Garfunkel, dans un rôle de psychiatre violeur. Ce dernier y donne la réplique à Harvey Keitel mais aussi à Theresa Russell, que Nicolas Roeg épouse et qu'il dirigera dans plusieurs films.

Le cinéaste de la "déconstruction narrative"

Cinéaste toujours resté à la marge, Nicolas Roeg était connu pour son approche fragmentée de la narration cinématographique dite de "déconstruction narrative", à la fois intrigante et fascinante. Ce "cinéma-puzzle" consiste à proposer une mosaïque d'images et de scènes qui peuvent sembler totalement incohérentes, et finissent par faire sens vers la fin du film.

Son sens de l'atmosphère et ses techniques innovantes ont influencé plusieurs générations de cinéastes, comme Ridley Scott, Steven Soderbergh ou Christopher Nolan.

Le British Film Institute (BFI) a rendu hommage à "une force novatrice du cinéma qui a créé des moments de beauté, de terreur et de tristesse parmi les plus touchants jamais vus".

Le fils de David Bowie, le réalisateur Duncan Jones, a salué sur Twitter en Nicolas Roeg un "grand conteur" et un personnage "inimitable". "Merci d'avoir fait tant de choix courageux, & d'avoir donné à ce drôle de gamin en pyjamas (lui, Duncan Jones sur la photo NDLR) un amour indéfectible pour la réalisation de films."