Les assises du cinéma : Hazanavicius appelle à plus de transparence dans le système de financement

Par @Culturebox
Mis à jour le 23/01/2013 à 20H01, publié le 23/01/2013 à 19H35
Michel Hazanavicius, réalisateur de "The  Artist"

Michel Hazanavicius, réalisateur de "The  Artist"

© Miguel Medina/AFP

Michel Hazanavicius, réalisateur de "The Artist", cinq fois oscarisé en 2012, a appelé mercredi à "défendre un système français qui défende toutes les cinématographies", en ouvrant les assises du cinéma à Paris avec Costa Gavras.

Ces assises étaient organisées à la demande de la ministre de la Culture Aurélie Filippetti, suite à une polémique sur le financement des films français, lancée par un distributeur en décembre, mettant notamment en cause les cachets, trop élevés, selon lui, des acteurs français eu égard au succès de  certains films dans lesquels ils jouent. Ces assises organisées par le Centre national de la cinématographie (CNC) ont rassemblé ces professionnels ainsi que des parlementaires, réunis pour  "échanger" et "débattre", suite à une polémique lancée en décembre par un  distributeur sur la rentabilité du cinéma français. Elles étaient organisées en 3 tables rondes (La concentration des financements sur les films menace-t-elle la diversité ? Quels marchés et financements pour les films du milieu ? Comment favoriser l’accès des auteurs à un plus large public ? Le prix de la découverte. Comment stimuler la vitalité du cinéma par la recherche et l’accompagnement de nouveaux talents? Comment financer la prise de risques?)

"Défendre toutes les cinématographies"

"On met toujours en corrélation la qualité des films et leur coût, or on ne devrait avoir de mépris pour aucun film et défendre un système qui défende  toutes les cinématographies", a déclaré Michel Hazanavicius devant professionnels, parlementaires et journalistes réunis au théâtre éphémère de la Comédie Française.

"Le cinéma assume aujourd'hui un rôle qui a pu être celui de la religion, une religion païenne, en produisant des petits bouts d'humanité qui nous  donnent l'idée de l'appartenance à un groupe. Il fabrique du sens et il ne faut  pas l'oublier", a-t-il ajouté. "Il ne faut pas déconnecter (non plus) ce que coûte un acteur de ce qu'il rapporte, et de tous les ayants-droit et toutes les équipes à qui sont promis des intéressements", a-t-il ajouté.

Plus de transparence pour faire baisser le coût des films

Le réalisateur a appelé par ailleurs à "plus de transparence" dans le système de financement des films français et à oeuvrer "contre l'inflation du coût des films". "Si on assainissait le circuit, la remontée des recettes, on pourrait faire baisser le coût des films (...) L'inflation de ce coût va dans le sens de la  concentration des financements et contre la diversité des films alors que c'est  parce qu'on est capable de faire 250 films qu'on en fera 15 qui sortiront du  lot", a-t-il dit.

Face à la révolution numérique qui "fragilise les acteurs historiques sur internet", Il a jugé indispensable "que le mode de diffusion des films s'adapte  pour pouvoir attirer les grands acteurs (d'internet) dans notre système de financement" et remettre en question "la chronologie sacrée des médias".

Costa Gavras, réalisateur et président de la Cinémathèque Française, a salué le système de financement du cinéma français comme l'"un des plus  fertiles, loué dans le monde entier", "redistributif" et qui "a permis de  maintenir la production à un niveau très élevé, dépassant de loin ce qui se  passe dans le reste du monde". Il a appelé à défendre "un système collégial et exemplaire auprès des instances européennes qui l'affaiblissent".

La ministre demande de la "lucidité face aux enjeux mondiaux"

Aurélie  Filippetti a évoqué un système de financement "envié " mais  qui "peut être amélioré", des réformes fiscales nécessaires pour faire face à  la révolution numérique ainsi qu'une transparence dans le circuit des  financements pour lutter contre l'inflation des coûts des films. Elle a évoqué les "actions de modernisation" engagées par le gouvernement  sur la réforme de la fiscalité numérique, afin de "trouver une base fiscale pour des entreprises qui ne sont pas localisées sur notre territoire et de  définir des assiettes fiscales taxables pour permettre le financement de la  création".

"Depuis l'avènement des TV privées et d'internet le système de régulation a  été fort dans sa capacité d'adaptation aux mutations technologiques et  économiques. Elle est essentielle", a-t-elle dit, en ajoutant que ce système  avait "besoin de réglages et d'améliorations". La mission Lescure - chargée par le gouvernement d'une concertation sur la  culture face aux enjeux du numérique pour préparer l'acte II de l'exception culturelle - qui rendra  ses conclusions fin mars, et l'étude sur la rentabilité des oeuvres demandée au CNC, seront "les bases solides sur lesquelles s'appuyer", a-t-elle dit.

La ministre de la Culture Aurélie Filippetti a conclu ces assises du cinéma en demandant au CNC de mettre en place "un groupe de suivi" concernant le débat autour du financement du cinéma et a annoncé la tenue d'une nouvelle réunion des professionnels du secteur en juin.