Spike Lee appelle à boycotter le nouveau film de Tarantino

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 31/12/2012 à 15H32, publié le 31/12/2012 à 15H28
Jammie Foxx et Leonardo DiCaprio dans "Django Unchained" de Quentin Tarantino

Jammie Foxx et Leonardo DiCaprio dans "Django Unchained" de Quentin Tarantino

© Sony Pictures Releasing France

Très susceptible sur le traitement de la négritude au cinéma, Spike Lee, lui-même réalisateur, s’en est pris au dernier film de Quentin Tarantino qui vient de sortir aux Etats-Unis, « Django Unchained », qui traite de l’esclavagisme à l’aube de la guerre de sécession. Sortie en France : le 16 janvier.

Appel au boycott
Reprenant les canons du western à l’italienne, le réalisateur de « Unglourious basterds » donne le rôle de Django (rôle-titre d’une franchises italienne des 60’s) à Jamie Foxx, en esclave noir affranchi par un chasseur de primes allemand. Le deal ? La gâchette implacable du premier pour coffrer quelques criminels, contre la traque du marchand d’esclaves qui a enlevé sa femme. Rien de bien répréhensible là-dedans, y compris la bonne dose d’hémoglobine appelé à la rescousse, comme c’était le cas dans les westerns made in seventies, notamment signés Sam Peckimpah.

Là où le bât blesse selon Spike Lee, c’est dans l’usage à répétition du mot « Nigger » tout le long du film, plusieurs dizaines de fois, voire plus d’une centaine, banni du vocabulaire américain, selon le sacro-saint dictionnaire du politiquement correct. Le ton ouvertement parodique du film, tout en référence à la sauce spaghetti du western, déplait tout autant au réalisateur de « Malcom X » : "L'esclavage n'était pas un western spaghetti à la Sergio Leone. C'était l'Holocauste. Mes ancêtres étaient des esclaves venus d'Afrique." Et au cinéaste d’appeler au boycott du film.
Les Républicains dans la bataille
N’en reste pas moins que le mot « nigger » (négro) ne choquait personne au XIXe siècle et qu’il était même le terme consacré. Mais son usage dans le film n’en n’a pas moins également choqué les Républicains qui s’en sont offensés, et de dénoncer le film, notamment sur la chaîne conservatrice Fox News, à laquelle le « Village Voice » réplique : « “1- les libéraux sont au mieux hypocrites, au pire de véritables racistes ; 2- si les conservateurs blancs doivent faire attention à ce qu’ils disent, tout le monde doit alors en faire de même. Ce qui implique que le film de Tarantino est, mathématiquement, cent fois pire que, disons, les commentateurs de la Fox qui se contentent de cracher une fois pour toutes ce qu’ils ont à dire ».

Les conservateurs dénoncent dans la foulée la violence du film, comme si, concernant Tarantino, il s’agissait d’une première. Au Tea Party Nation de dénoncer l’apologie de la violence contenu dans « Django Unchained », qui pourrait influencer des tueurs potentiels comme Adam Lanza, responsable de la tuerie du 14 décembre dernier. Autant interdire Superman qui incite les enfants de 10 ans à se jeter par la fenêtre pour imiter l’homme d’acier. Contrairement à une idée trop bien reçue, ce n’est pas le cinéma qui inspire les actes, mais la réalité qui inspire le cinéma.