(Re)découvrir Ingmar Bergman en sept films au cinéma et en DVD

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Publié le 12/03/2014 à 14H03
"Le Septième sceau" (1957) d'Ingmar Bergman 

"Le Septième sceau" (1957) d'Ingmar Bergman 

© Studio Canal +

Voir, revoir Bergman aujourd’hui s’avère une expérience filmique intense. La (re)découverte d’un auteur majeur un peu oublié aujourd’hui, se révèle d’une modernité inouïe. Sept titres sur 48 pour le cinéma et la télévision sont à nouveau visibles, autant dire que l’on attend avec impatience la suite d’une rétrospective indispensable sur grand écran et DVD.

Le premier film d’Ingmar Bergman date de 1946, après une expérience théâtrale essentielle qui imprègnera toute son œuvre. Celui qui ouvre cette rétrospective date de 1955, "Sourire d’une nuit d’été", dont le titre renvoie à Shakespeare (Le Songe d’une nuit d’été). D’emblée une référence théâtrale qui passe par le thème de l’adultère, présent dans tous les films de Bergman, à travers une analyse obsessionnelle du couple et des rapports homme-femme.
Sourire d'une nuit d'été la bande-annonce
Deuxième film : "Les Fraises sauvages", sur un vieux savant nostalgique de son enfance et d’un amour idéalisé. S’introduit ici de façon plus évidente le rapport au passé (déjà présent dans une moindre mesure dans "Sourire…"), toujours relié à la relation amoureuse. Bergman, un peu enfermé dans ses intérieurs victoriens de "Sourire…" va plus à la rencontre de la nature, déjà suggéré auparavant, un thème qui va devenir constant, comme révélateur des pulsions humaine, voire métaphysiques.
"Les Fraises sauvages" : extrait
"La Source" enfonce le clou, en se situant au Moyen Age et en traitant du passage de l’ère païenne au christianisme naissant en Suède. Toujours le passé et son rapport au présent. Avec ce film, Bergman ancre encore plus son rapport au métaphysique, avec cette jeune femme qualifiée de sorcière et le dilemme que pose son sauvetage ou son exécution. L’on pense à un Dreyer réactualisé ("Jour de colère", 1943), en continuité avec "La Sorcellerie à travers les âges" (1921, Hans Christensen). Une œuvre majeure.
"La Source" : extrait
Vient ensuite, le film phare, "Le Septième sceau" (1957), film métaphysique, encore, où un chevalier de retour des Croisades engage une partie d’échec avec la mort, en plein XIIIe siècle ruiné par la peste. Sublime film, unique, par sa reconstitution, mais surtout par la danse macabre qu’il réactualise sous forme cinématographique. Un pont entre le XIIIe siècle et aujourd’hui, toujours d’actualité. Un des plus beaux films du XXe siècle.
"Le septième sceau" : extrait
"Persona" de 1966 s’avère le film le plus expérimental de Bergman, introduit par un montage surréaliste, onirique, et éminemment psychanalytique, comme tout l’œuvre du maître, surtout par la suite. Combat psychologique entre deux femmes autour d’un homme, "Persona" transcrit le monologue d’une infirmière qui va devenir la patiente de sa "malade". Très troublant.
"Persona" : la bande-annonce
"Scènes de la vie conjugale" est distribué sous sa forme télévisuelle (le film est sorti en raccourci en salles en 1973). Il s’avère comme annonciateur de toutes les Sitcoms à venir. Fondé sur les rapports de couples vus à travers un duo bourgeois d’intellectuels, qui se perd et se retrouve, tout en plans rapprochés et gros plans, le film s’avère d’une force qu’aucun de ses imitateurs ne parviendra à atteindre.
"Scènes de la vie conjugale" : extrait
"Sonate d’automne" joue de la même esthétique (gros plans, plans moyens en intérieur). La télévision n’avait alors encore rien inventé dans le domaine de la transcription des rapports de couples qui, depuis, ont envahi le petit écran. Bergman inaugure une esthétique. Au cinéma, cette confrontation entre une mère qui a perdu son premier enfant, en charge de son deuxième malade, en conflit avec sa propre mère et son mari, gagne en intensité. Un film difficile, âpre, mais vrai.
"Sonate d'automne" : extrait
Notre préférence va néanmoins aux premiers films de cette rétrospective. L’image, même dans un format 4/3 (standard, carré) témoigne de la science du cadre et de la lumière qui ne quittera jamais Bergman, y compris dans ses œuvres tardives. Et que dire de la beauté de ses actrices (Liv Ullmann, Bibi Anderson, Birgitta Valberg…) ou de son acteur fétiche Max von Sydow ? Tous ces films sont à voir et à revoir. Du grand cinéma en version restaurée, en salles, ou dans son canapé, car disponibles dans le coffret DVD/Blue-ray édité par Carlotta. Espérons que "Cris et chuchotements" (1972), "De la vie des marionnettes (1980), "Fanny et Alexandre" (1982), voire les premiers films des années 40, connaîtront le même destin.
Couverture de "Les Archives Ingmar Bergman", de Paul Dungan et Bengt Wanselius, éditions Taschen 

Couverture de "Les Archives Ingmar Bergman", de Paul Dungan et Bengt Wanselius, éditions Taschen 

© Taschen
A consulter également, le superbe ouvrage édité par Taschen, "Les Archives Ingmar Bergman" où l’on retrouve film par film, magnifiquement illustré, toute la filmographie du maître suédois.