"Plonger" : Mélanie Laurent filme l'amour à l'étouffée

Par @Culturebox
Mis à jour le 29/11/2017 à 11H12, publié le 27/11/2017 à 09H55
Maria Valverde dans "Plonger"

Maria Valverde dans "Plonger"

© Mars Films

Pour son troisième long-métrage, Mélanie Laurent adapte le roman de Christophe Ono-dit-Biot… Grandeur et décadence d'un couple entre Paris et les fonds sous-marin de la Mer d'Oman.

La note Culturebox

3
3/5
Porter à l'écran un bouquin de 450 pages très intenses nécessite un sens de l'ellipse développé. Mélanie Laurent n'en manque pas, qui n'a pas hésité à écarter des pans entiers de cette passion romanesque qui va rapidement se noircir. Ainsi, la rencontre entre les deux amants est assez vite actée, là où Onot-Dit-Bio y consacrait une place majeure. Mélanie Laurent préfère traiter la montée en puissance de cette passion amoureuse sous forme d'instantanés. Moments de passion, témoins de l'intensité de ce qui se joue entre ces deux-là.
Gilles Lellouche et Maria Valverde dans "Plonger" © Mars Films

Dans la première partie du film, María Valverde crève l'écran. Par la puissance de son jeu et sa présence. Par son mal de vivre aussi, qui, peu à peu, envahit l'espace. Son personnage - phototographe en recherche permanente du grand frisson créatif - place son travail au dessus de tout. Et son compagnon ne semble pas l'avoir compris. Pour lui, la naissance à venir d'un enfant surpasse forcément le reste, et il lui suffira de mettre ses ambitions artistiques en sommeil, le temps de le laisser grandir.

Le hiatus majeur est là. "Je devrais être remplie, je me sens vide" dit Paz à sa mère. La création de l'enfant qui vient ne se substitue pas à celle qui la fait respirer, cette soif d'expériences. Et ce qui pourrait alors passer pour un simple malaise prénatal prend vite une dimension plus brutale. Lorsque le bébé arrive, Paz va de plus en plus mal.

Un jour, César s'interroge sur les incessants bips qui résonnent dans l'appartement. C'est le son d'une balise GPS. Paz a adopté un requin qui file dans les eaux de la Mer d'Oman à des milliers de kilomètres de là. Le couple se délite, le décalage est flagrant, l'amour s'efface, Paz est rongée par l'appel du grand large. Elle finit par y céder, laissant tout en plan, compagnon et enfant. Partie de très haut, cette histoire d'amour va toucher les grands fonds. Un deuxième film commence, dont Paz sera l'absente.
Gilles Lellouche et Maria Valverde dans "Plonger". © Mars Films

Casting gagnant pour Mélanie Laurent, il fallait oser ce duo Gilles Lellouche-Maria Valverde. Son regard sur des deux comédiens est très fin, bienveillant et cru à la fois. La comédienne espagnole est étourdissante, Lellouche a lui le rôle d'un amoureux plus terre à terre, qu'il endosse avec justesse. Le film est joliment produit - la qualité des images est garantie par le complice Arnaud Potier - et un effort particulier a été porté sur le son, ambiances terrestres et sous-marines, illustrations musicales puissantes. La comédienne-réalisatrice dit avoir réalisé avec "Plonger" son film le plus personnel et le plus mature. Pas le plus facile, en tous cas. Intense et tragique, "Plonger" ne trahit pas le livre dont il s'inspire. 

La fiche

Drame français de Mélanie Laurent. Avec Gilles Lellouche, María Valverde, Ibrahim Ahmed dit Pino et Marie Denardaud - durée : 1h42 – Sortie : 29 novembre 2017
Synopsis : C’est l’histoire d‘un amour total entre César et Paz. Paz, photographe espagnole, nourrit une soif de rencontres, d’expériences et de voyages, alors que César, ex-grand reporter de guerre, souhaite à l’inverse s’extraire du tumulte du monde. Paz est enceinte, cette perspective l’angoisse, l’étouffe. Elle semble s’éloigner chaque jour un peu plus de César, comme obsédée par quelque chose qui lui échappe. Jusqu’au jour où elle disparait, laissant son enfant et César sans véritable explication.