"Opération Beyrouth" de Brad Anderson : la déroute d'un thriller

Par @Culturebox
Mis à jour le 29/05/2018 à 17H30, publié le 29/05/2018 à 17H22
"Opération Beyrouth" de Brad Anderson, thriller prévisible qui se laisse regarder sans trop réfléchir.

"Opération Beyrouth" de Brad Anderson, thriller prévisible qui se laisse regarder sans trop réfléchir.

© Warner Bros. France

En salles mercredi 30 mai, le nouveau film de Brad Anderson ("The Call", "The Machinist") plonge ses personnages au cœur des années 80, dans un Liban cuisiné à la sauce américaine. Au casting, deux têtes d'affiche : Jon Hamm ("Mad Men") et Rosamund Pike ("Gone Girl"). Un thriller qui se laisse regarder, sans vraiment s'attarder.

La note Culturebox

2
2/5
Des images d’archives en guise d’introduction, une musique arabisante. "Opération Beyrouth" tente dès les premières secondes de nous plonger dans le Liban des années 80, afin d'ancrer la petite histoire dans la grande et la rendre la plus authentique possible. Un procédé un brin forcé par Brad Anderson qui aurait gagné à se concentrer sur son projet : un simple thriller d'espionnage qui utilise toutes les ficelles du genre. 
"Opération Beyrouth" de Brad Anderson, la bande-annonce (Vostfr)
"Opération Beyrouth", c’est l’histoire d’un Américain à qui semble tout sourire. Dans les années 70, Mason Skiles (Jon Hamm) est un diplomate installé au Liban, à Beyrouth. Avec sa femme, jouée par Leila Bekhti, la vie semble rythmée par les mondanités politiques et culturelles. Le couple a pris sous son aile Karim, un jeune Libanais de 13 ans. En un quart de seconde, tout bascule, tout se complexifie : Karim est en réalité le frère d’un terroriste recherché. Ce dernier tue l'épouse tant aimée du diplomate et s'enfuit en embarquant son petit frère. Conséquence, Mason Skiles fuit Beyrouth, se noie dans l’alcool et dans une routine sinistre. Et comme par hasard, dix ans plus tard, il est contacté pour retourner au Liban donner une "conférence".  Il sera en fait missionné pour résoudre une prise d’otage. 

Un thriller sans relief

Après s’être essayé à la comédie romantique avec "Happy accidents", Brad Anderson semble s’être spécialisé dans le genre du thriller. Haletant avec "The Call", psychologique avec "The Machinist" ou encore serial thriller avec "Fringe". "Opération Beyrouth" s’inscrit dans cette veine, avec une trame géopolitique. 
Rosamund Pike et Jon Hamm dans "Opération Beyrouth"

Rosamund Pike et Jon Hamm dans "Opération Beyrouth"

© Warner Bros. France
Dans "The Call", le réalisateur mainstream utilisait tous les codes du genre. Suspens, scènes de poursuites, jeune fille en détresse, héros prêt à tout… La sauce prenait sans prendre la tête. Dans la même veine, "Opération Beyrouth" se laisse regarder mais déçoit. Jon Hamm, l'acteur de la série événement "Mad Men" est plus que crédible en charmant alcoolique, alter ego de Don Draper. Mais ce personnage, héros déchu qui passe dix ans de sa vie à ruminer les souvenirs noirs d'une vie disparue, manque de relief. A l'instar de celui de Rosamund Pike, fidèle bras droit du pouvoir qui finira par se rebeller pour les beaux yeux de notre héros. On est bien loin de son personnage complexe, torturé et manipulateur dans "Gone Girl" de David Fincher. D'autant plus que l'alchimie ne prend pas entre ces deux personnages principaux. 

Une genèse déroutante

Le projet "Opération Beyrouth" a néanmoins une histoire singulière. Brad Anderson s'est appuyé sur le scénario d'un ponte du genre : Tony Gilroy, le scénariste de la trilogie "Jason Bourne". Une histoire inspirée du conflit libano-américain des années 80 qui dormait depuis 1992. Le sujet jugé trop sensible n'avait trouvé aucun studio pour le produire. Il a fallu attendre 2012, et la sortie d'"Argo" de Ben Affleck - thriller d'espionnage au Moyen Orient - pour voir le combo conflit géopolitique et succés commercial fonctionner enfin. Brad Anderson s'attaque donc au projet, mais une fois à l'écran c'est la désillusion. Intrigue prévisible, personnages clichés et dialogues souvent bavards. Dans une interview, Tony Gilroy confie son désir d'"imaginer un scénario à la John Le Carré pouvant tenir en deux heures". Malheureusement, "Opération Beyrouth" ne s'élève pas au niveau d'"Argo" et encore moins à celui du maître des romans d'espionnage. La faute au scénario ou à la réalisation ? 
"Opération Beyrouth", l'affiche française

"Opération Beyrouth", l'affiche française

© Warner Bros. France

LA FICHE

Genre : Thriller / Action
Réalisateur : Brad Anderson
Pays : Etats-Unis
Acteurs : Jon Hamm, Rosamund Pike, Dean Norris
Durée : 1h49
Sortie : 30 mai 2018

Synopsis : Beyrouth, 1972. Diplomate américain, Mason Skiles organise une réception, en présence de sa femme et de Karim, orphelin libanais de 13 ans que le couple espère adopter. Mais le cocktail est perturbé par l'arrivée du meilleur ami de Mason, l'agent de la CIA Cal Riley, porteur de nouvelles inquiétantes concernant Karim. Quelques secondes plus tard, des terroristes font irruption et ouvrent le feu sur les convives. Les conséquences sont terribles. Dix ans plus tard, Mason a sombré dans l'alcool. Vivant désormais à Boston, il intervient comme médiateur dans les conflits au sein de l'entreprise. Jusqu'au jour où il est abordé par un inconnu qui, à la demande d'"amis" communs, lui remet un passeport et un billet d'avion pour qu'il se rende le plus tôt possible à Beyrouth. D'abord réticent, il débarque dans une ville ravagée par la guerre qu'il ne reconnaît plus. Il comprend alors pourquoi on l'a fait venir : des terroristes ont kidnappé un agent de la CIA et il est censé négocier sa libération contre celle du djihadiste Abu Rajal, détenu par la police secrète israélienne. Avec l'aide de Sandy Crowder, elle-même membre de la CIA, Mason prend conscience que chaque force en présence – Tsahal, le gouvernement américain, l'OLP – cherche à servir ses propres intérêts. À qui peut-il encore faire confiance dans un monde où la vérité n'émerge que lorsqu'elle est rentable ?