"Ocean's 8" : huit braqueuses de choc à l'assaut d'un collier à 150 millions de dollars

Par @Culturebox
Publié le 03/06/2018 à 15H32
Cate Blanchett, Helena Bonham Carter et Sandra Bullock dans "Ocean's 8"

Cate Blanchett, Helena Bonham Carter et Sandra Bullock dans "Ocean's 8"

© Warner Bros. Entertainment Inc.

Elles sont huit femmes à prendre la relève des hommes dans ce "reboot" de la saga "Ocean's" pour un braquage tout en glamour et paillettes, un projet très #MeToo qui casse certains codes de ce genre cinématographique historiquement très masculin.

"Ocean's 8" sort vendredi, plus de dix ans après "Ocean's 13", troisième volet des aventures de Danny Ocean (George Clooney) et sa bande qui dévalisaient les casinos sans jamais se départir de leur flegme légendaire.
 
Pour revitaliser la lignée, Warner Bros a contraint Danny, décédé en 2018 dans des circonstances inconnues, à laisser la place à sa soeur cadette, Debbie (Sandra Bullock), qui tout comme son frère au début de la saga vient de sortir de prison.
 
Le décor a changé : on est passé de l'ambiance feutrée des casinos à l'extravagance de New York, qui plus est lors de son principal événement mondain de l'année, le gala du Met, un théâtre somptueux, atout incontestable du film.
 
C'est cette soirée, organisée par la toute-puissante Anna Wintour, rédactrice en chef du magazine Vogue, qu'a choisie Debbie Ocean pour s'emparer d'un collier Cartier d'une valeur de 150 millions de dollars. Pour y parvenir, elle va monter une équipe de spécialistes, toutes des femmes. Une rareté, même si quelques films se sont déjà aventurés dans cette veine, notamment "Set It Off" ( "Le Prix à payer", 1996) ou "Les Braqueuses" (1994).
"Ocean's 8", la bande annonce

Pas de testostérone ni de noirceur, mais une équipe de femmes expérimentées

Mais "Ocean's 8" évacue complètement testostérone, noirceur et même dimension dramatique, éléments inhérents au genre et présents dans les trois premiers "Ocean's".
 
Pas d'armes, pas d'explosion, pas de violence physique. Pas non plus d'incarnation d'une forme d'opposition, d'une sorte d'ennemi comme Terry Benedict (Andy Garcia) dans les premiers volets. Seules restent la planification et l'exécution minutieuse du plan.
 
Et quand les précédentes tentatives dépeignaient des bandes de femmes inexpérimentées, souvent maladroites jusqu'à la caricature, "Ocean's 8" présente Debbie et ses complices comme une équipe qui n'a rien à envier à celle de Danny Ocean.
 
Il n'y a "jamais (eu) un ensemble de femmes au top comme celui-là", a estimé le réalisateur Gary Ross ("Hunger Games"), lors d'une conférence de presse fin mai à New York. Le metteur en scène et co-scénariste a expliqué qu'il avait fallu "trois ou quatre ans" pour que le projet d'un film à gros budget entièrement soutenu par des actrices voie le jour, même avec trois comédiennes oscarisées et la chanteuse Rihanna à l'affiche.

Hollywood questionne la place des femmes dans le cinéma, à l'ère du #MeToo

"C'est intéressant de voir qu'il y a deux ou trois ans, cela semblait impossible", alors qu'aujourd'hui "on se dit : mais bien sûr!", a souligné Cate Blanchett, qui joue Lou, l'alter ego de Debbie. "Beaucoup de choses ont changé, je pense."
 
Même si le film a été mis en chantier avant l'éclatement de l'affaire Weinstein, la lame de fond qui a suivi pousse aujourd'hui Hollywood à questionner ses pratiques et la place qu'occupent les femmes dans l'industrie du cinéma.
 
"Ce qui importe, en particulier pour les jeunes femmes, c'est de voir des personnages féminins qui ne soient pas des archétypes plats, mais plutôt (des personnages) différents, complexes et nuancés", selon Olivia Milch, coscénariste du film.

A l'ère du #MeToo, rien n'est neutre 

A l'ère du #MeToo, plus rien n'est neutre, même un film qui n'a strictement rien de politique et se veut avant tout un divertissement.
 
"Il ne faut pas sous-estimer le pouvoir de la représentation visuelle", selon Anne Hathaway, qui est dans le film la star Daphne Kluger, qui porte le fameux collier lors du gala du Met, organisé dans l'enceinte du célèbre musée new-yorkais.
 
"A une petite fille de huit ans" qui pourrait voir le film, a-t-elle poursuivi, "nous ne disons pas de faire carrière dans le crime mais de faire ce qu'elle veut, (...) qu'il y a de l'espace pour elle."