"Lucky" : Harry Dean Stanton en cowboy solitaire plein de grâce

Par Culturebox (avec AFP) @Culturebox

Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox

Publié le 08/12/2017 à 20H24
Dans "Lucky" de John Carroll Lynch, acteur Harry Dean Stanton incarne Lucky, un rôle sur mesure.

Dans "Lucky" de John Carroll Lynch, acteur Harry Dean Stanton incarne Lucky, un rôle sur mesure.

© KMBO

C'est un cowboy nonagénaire et solitaire d'une petite bourgade américaine, amateur de mots croisés et fumeur invétéré. Réalisant soudain l'approche de la mort, il va y faire face avec grâce. Le "Lucky" de John Carroll Lynch c'est Harry Dean Stanton, décédé le 15 septembre dernier à l'âge de 91 ans. A voir en salles à partir de mercredi 13 décembre.

"Lucky", un rôle sur mesure pour Harry Dean Stanton

Abonné des seconds rôles, excepté dans "Paris, Texas" de Wim Wenders, Harry Dean Stanton apparaît dans "Lucky" tel qu'en lui même, avec son visage émacié, sa silhouette filiforme, clope au bec et chapeau de western vissé sur la tête.
 
"Il était important pour moi que Lucky soit inspiré par Harry Dean mais sans pour autant être lui-même. Il devait être un personnage à part entière", a expliqué le réalisateur John Carroll Lynch (connu pour sa longue carrière d'acteur dans "Fargo", "Gran Torino" etc) lors d'un passage à Paris.
 
La cigarette, l'amour du mariachi, cette musique traditionnelle mexicaine, ou l'expérience comme soldat sur un navire de guerre dans le Pacifique pendant la Deuxième Guerre mondiale : autant d'éléments sortis tout droit de la vie de Harry Dean Stanton qui ont nourri le personnage de Lucky.

Dans ce film, Harry Dean Stanton est très bien entouré, avec notamment David Lynch dans le rôle de Howard, le vieux complice de Lucky, dont la tortue terrestre s'est échappée. David Lynch avait fait tourner l'acteur dans "Sailor et Lula", "Une histoire vraie" et "Twin Peaks".

 

Un film poétique au rythme lent

A 90 ans, Lucky partage ses journées entre le "diner" où il avale son café matinal, sa maison où il regarde ses jeux télévisés favoris l'après-midi et le bar où il rejoint ses amis le soir.

Mais un jour, il fait une chute dans sa cuisine, que son médecin n'arrive pas à expliquer, hormis par son grand âge. Lucky réalise alors qu'il ne mènera pas cette même vie éternellement. Face à l'inéluctabilité de la mort, malgré sa peur, il réagit avec humour et grâce.

La philosophie de cet athée est résumée dans une scène, où il est face à ses amis dans le bar. "La vérité qui nous attend tous est que tout va disparaître. Toi, toi, toi, toi, moi, cette cigarette et tout le reste", assène Lucky. "Et on est sensé faire quoi ?", l'interroge la responsable du bar. "On sourit", réplique-t-il avec tendresse.

"Le film parle du sentiment de vivre, de vivre avec joie et d'affronter la mort. C'est une histoire que je voulais raconter", explique le réalisateur.

La tortue ouvre le film et lui impose son rythme. Pour le cinéaste, c'était un moyen de dire "aux spectateurs comment regarder le film : il va falloir prendre son temps". John Carroll Lynch déroule l'histoire à petit pas, avec beaucoup de poésie, soutenu par une bande originale sans faute.  

"Lucky" sort en France mercredi 13 décembre