"La vache" : le joyeux road movie d'un paysan algérien et de sa tarentaise

Par @Culturebox
Mis à jour le 16/02/2016 à 21H49, publié le 16/02/2016 à 15H33
Fatsah Bouyahmed, sa tarentaise et Jamel Debbouze dans "La Vache"

Fatsah Bouyahmed, sa tarentaise et Jamel Debbouze dans "La Vache"

© Pathé Distribution

Pour son deuxième long métrage, qui vient de triompher au festival de l’Alpe d’Huez, Mohamed Hamidi nous livre un road movie contant le périple d'un paysan algérien traversant la France avec sa vache, pour se rendre au Salon de l'agriculture. Un feel good movie hilarant, bon enfant, un peu attendu mais jamais mièvre.

La note Culturebox

3
3/5
"Joe le taxi, c'est sa vie. Le rhum au mambo, embouteillage" fredonne Fatah (Fatsah Bouyahmed), au beau milieu de son potager, en Algérie. Heureux Fatah. Dans quelques jours, son rêve va devenir réalité. Il va concourir au Salon de l'agriculture avec sa vache, Jacqueline, tarentaise qu'il passe son temps à bichonner au point d'en négliger son épouse et ses filles.
Fatsah Bouyahmed et sa tarentaise dans "La Vache"

Fatsah Bouyahmed et sa tarentaise dans "La Vache"

© Pathé Distribution


Conte initiatique

Mais l'invitation ne comprend pas le voyage. Pas de quoi l'arrêter. Au contraire. Lui qui n'a jamais quitté sa campagne, décide de prendre le bateau pour Marseille et traverser toute la France, à pied, direction la Porte de Versailles. Un périple aux allures de conte initiatique, non seulement pour Fatah mais aussi pour les personnages qui croiseront sa route.
 
Après "Né quelque part" (2012), l'histoire d'un avocat d'origine algérienne, contraint, à cause de la maladie de son père, de revenir au pays pour sauver la maison familiale, Mohamed Hamidi a décidé de s'inscrire dans la même veine. Celle du choc des cultures. Mais en inversant quelque peu les rôles. Cette fois, ce sont les pérégrinations d'un paysan algérien en France que filme le réalisateur.


Bled

Jamel Debbouze n'est quant à lui plus le cousin algérien un peu lourdaud qui rêve de partir en France, mais bien le seul membre de la famille à y vivre et pas du tout enchanté à l'idée de voir ce cousin du "bled" débarquer. Ce "bled", comme l'appelle le cinéaste lui-même, omniprésent dans ses deux films et donnant à celui-ci un ressort comique et décalé. La chaleur du petit village. Ses couleurs. Ses odeurs même. La bonne humeur de ses habitants, soudés, taquins, qui se réunissent devant l'ordinateur commun pour admirer les exploits d'un Fatah devenu, en France, une figure médiatique.
 
Car son périple n'a pas été de tout repos. Après une halte à Marseille où il rend visite à Hassan (un Jamel Debbouze expéditif), le voilà bourré à la poire dans une sorte de fête foraine dont il devient vite la mascotte. Puis c'est Jacqueline, pas la vache mais l'agricultrice, qui viendra à sa rescousse, avant qu'il ne croise la route de Philippe (Lambert Wilson), son exact opposé. Un comte dépressif qui vit seul avec ses employés de maison.  
Lambert Wilson et Lambert Wilson dans "La Vache"

Lambert Wilson et Lambert Wilson dans "La Vache"

© Jean-Claude Lother

Une prestation toute en justesse et en sensibilité pour un Lambert Wilson qui renforce encore la crédibilité du personnage de Fatah. Premier grand rôle au cinéma pour Fatsah Bouyahmed, ancien membre du Jamel Comedy Club, assez peu connu du grand public et que le réalisateur connaissait bien pour avoir notamment mis en scène le Marrakech du Rire auquel est souvent venu prendre part le comédien. "J'ai tout de suite pensé à lui. Mais franchement, cela n'a pas été facile de l'imposer. Quand on expliquait aux distributeurs que l'on voulait faire un film avec un arabe inconnu qui traversait la France avec une vache… ce n'était pas gagné d'avance", explique le cinéaste.

Ode à la tolérance

Pari gagné en tout cas, malgré un scénario linéaire et attendu, tant Fatsah est touchant. Touchant d'humanité. De candeur. Touchant de sincérité. Surtout dans la relation qu'il entretient avec Jacqueline. Sa Jacqueline. Sa génisse. Ils nous feraient presque penser à la relation déchirante qui se jouait entre Fernandel, prisonnier de guerre français dans l'Allemagne de 1943, et la vache dont il se servait pour s'évader dans "La vache et le prisonnier" d'Henri Verneuil (1943). Moins tragique certes, "La vache" se révèle une ode à la tolérance. À la différence. Sans jamais tomber dans la mièvrerie.

LA FICHE

Comédie de Mohamed Hamidi avec Fatsah Bouyahmed, Lambert Wilson et Jamel Debbouze - Durée : 1H31. Sortie le 17 février 2016.

Synopsis : Fatah, petit paysan Algérien n’a d’yeux que pour sa vache Jacqueline, qu'il rêve d'emmener à Paris, au salon de l'Agriculture. Lorsqu'il reçoit la précieuse invitation devant tout son village ébahi, lui qui n’a jamais quitté sa campagne, prend le bateau direction Marseille pour traverser toute la France à pied, direction Porte de Versailles.L’occasion pour Fatah et Jacqueline d’aller de rencontres en surprises et de vivre une aventure humaine faite de grands moments d’entraide et de fous rires. Un voyage inattendu et plein de tendresse dans la France d’aujourd’hui.

https://videos.francetv.fr/video/NI_629356@Culture