Russie : la comédie franco-britannique "La mort de Staline" déprogrammée

Mis à jour le 23/01/2018 à 20H35, publié le 23/01/2018 à 20H04
Jeffrey Tambor, Michael Palin, Rupert Friend, Steve Buscemi, Simon Russell Beale dans "La mort de Staline" (2017)

Jeffrey Tambor, Michael Palin, Rupert Friend, Steve Buscemi, Simon Russell Beale dans "La mort de Staline" (2017)

© Concorde Filmverleih GmbH

Le ministère russe de la Culture a annulé mardi, deux jours avant sa date prévue, la sortie de la comédie franco-britannique "La Mort de Staline", qualifiée d'offensante et d'"extrémiste" par des cinéastes et des hommes politiques russes.

"La licence de distribution du film +la Mort de Staline+ a été retirée", a annoncé à l'AFP une porte-parole du département du cinéma du ministère. Ce film, dans lequel on retrouve les acteurs Steve Buscemi et Michael Palin (un ancien Monthy Python), doit sortir en France le 21 mars.

Le film d'Armando Iannucci qui devait sortir jeudi en Russie avec une interdiction aux moins de 18 ans relate de manière burlesque la lutte qui s'est déroulée au sein de la garde rapprochée de Staline après sa mort en 1953.

Le film "s'en prend à des symboles nationaux russes", plaident ses détracteurs

Les cinéastes, députés et hommes politiques russes qui ont visionné le film lundi au cours d'une séance organisée pour eux au sein du ministère de la Culture, ont signé un appel adressé au ministre Vladimir Medinski pour lui réclamer l'interdiction de la distribution de la comédie qui "s'en prend à des symboles nationaux russes".

"Nous vous demandons d'organiser une expertise juridique supplémentaire et d'ici là de suspendre la licence de distribution du film", écrivent une vingtaine de personnalités russes dont le cinéaste Nikita Mikhalkov et la fille du général soviétique Guéorgui Joukov, Era Joukova. "Non seulement Staline, mais tous ses maréchaux, et même Joukov, sont dépeints comme des idiots hideux, alors que ce sont eux qui ont gagné la guerre", a déclaré à l'AFP l'un des signataires de la pétition, Pavel Pojigaïlo, membre du conseil consultatif du ministère de la Culture.

Le film devait sortir une semaine avant le 75e anniversaire de la victoire de Stalingrad

La date de la sortie du film est également critiquée, juste une semaine avant les célébrations du 75e anniversaire de la victoire soviétique à Stalingrad contre l'Allemagne nazie. Pour les signataires de la pétition, diffusée sur le site internet du ministère, ce film "extrémiste" est "un crachat à la face de ceux qui ont péri et de ceux qui ont survécu" à la bataille de Stalingrad.

"Des films de ce genre ne doivent tout simplement pas arriver en Russie et ceux qui achètent des films pareils ne doivent pas travailler dans notre pays", a martelé Nikita Mikhalkov, à l'issue du visionnage du film, selon les images du journal en ligne Komsomolskaïa Pravda. Nikita Mikhalkov est l'auteur d'un film sur le stalinisme, "Soleil trompeur", qui lui a valu le Grand prix du Jury à Cannes en 1994 et l'Oscar du meilleur film étranger en 1995.

Vladimir Medinski a expliqué que les fonctionnaires de son ministère "ont d'abord demandé à la compagnie de distribution Volga de reporter la sortie du film à après le 18 mars", date de la présidentielle russe. "Mais les distributeurs ont catégoriquement rejeté cette proposition", a ajouté le ministre.

Un film inspiré d'une bande dessinée, plusieurs fois primé

Inspiré de la bande dessinée éponyme et réalisé par Armando Iannucci, ce film est une coproduction franco-britannique qui a obtenu de nombreuses récompenses internationales. Tableau à la fois absurde et terrifiant du pouvoir totalitaire, il raconte les événements qui suivent la mort subite du "Petit père des peuples", en mars 1953.

Plusieurs films, des expositions et des spectacles se sont retrouvés ces derniers mois dans le collimateur des autorités ou d'éléments particulièrement conservateurs.