Roumanie : la mort du cinéaste Lucian Pintilie, interdit sous l'ère communiste

Mis à jour le 17/05/2018 à 10H55, publié le 17/05/2018 à 10H31
Lucian Pintilie au festival de Venise le 7 septembre 2001

Lucian Pintilie au festival de Venise le 7 septembre 2001

© Gabriel Bouys / AFP

Lucian Pintilie, metteur en scène et cinéaste roumain qui s'était exilé en France après avoir été interdit par le régime communiste, est mort mercredi soir à l'âge de 84 ans, a annoncé l'hôpital Elias de Bucarest où il était soigné.

Réalisateur engagé, Lucian Pintilie, né le 9 novembre 1933, a incarné le cinéma roumain pendant une trentaine d'années avant qu'une "nouvelle vague" de jeunes cinéastes, inspirés par son travail, ne soit consacrée sur la scène internationale.

En 1998, il avait décroché le Prix spécial du jury à la Mostra de Venise pour "Terminus paradis", tandis que "Un été inoubliable" (1994) et "Trop tard" (1996) furent présentés en compétition au festival de Cannes.
Terminus Paradis (1998) : bande-annonce VO sous-titrée en anglais


Son film "La Reconstitution" désigné meilleur film roumain par les critiques

Son deuxième film, "La Reconstitution" (1968), désigné récemment meilleur film roumain de tous les temps par l'Association nationale des critiques, lui valut une première interdiction par le régime de Nicolae Ceausescu. Cette satire sociale sur la reconstitution à des fins éducatives d'une bagarre entre deux jeunes fut retirée de l'affiche quelques semaines après sa sortie. "C'est son retentissement qui a provoqué la censure. C'était le cas dès qu'une œuvre devenait dangereuse", expliquait le réalisateur dans une interview en 2010.

En 1972, Lucian Pintilie mit en scène au théâtre Bulandra de Bucarest "Le Revizor" de Nicolas Gogol mais après trois représentations à peine, le Conseil de la Culture et de l'Education socialiste décida de l'interdire. "J'avais 35 ans quand j'ai été interdit par la Roumanie communiste - et cela a duré 17 ans. J'ai passé ma vie à slalomer entre censures et interdictions de toutes sortes", racontait-il dans un autre entretien.

Exilé en France entre 1973 et fin 1989

En 1973 il quitte la Roumanie et s'installe en France où il monte - au Théâtre de la Ville de Paris notamment - des pièces de Tchekhov, Ionesco, Gorki, Ibsen, Pirandello et Strindberg. Il doit attendre la chute du régime communiste, fin 1989, pour revenir dans son pays natal. "Le Chêne", tourné en 1992 sur les dernières années du régime, fut montré hors compétition à Cannes.

Sans illusions sur la Roumanie post-communiste, il enchaîne des films comme "Trop tard" (1996), "L'Après-midi d'un tortionnaire" (2001) ou encore "Niki et Flo" (2003), films  où s'entremêlent humour et tragique.

"La grandeur de son art vient de son alliance des contraires : ancrage dans la réalité la plus matérielle (...) et spéculation philosophique, frisson tragique et éclat de rire", a écrit de lui le critique de cinéma français Michel Ciment.