"Shadow Dancer" : thriller envoûtant dans le Belfast terroriste

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Publié le 05/02/2013 à 14H57
Andrea Riseborough dans "Shadow Dancer" de James Marsh

Andrea Riseborough dans "Shadow Dancer" de James Marsh

© Wild Bunch Distribution

Réalisateur du formidable documentaire « Le Funambule », oscarisé en 2009, James Marsh s’est vu décerner une pluie de récompenses, méritées, pour « Shadow Dancer » qui revient sur la lutte armée en Irlande du Nord. Il est servi par un très beau couple à l’écran, composé de Clive Owen (« Trust », « Elisabeth : l’âge d’or…) et d’Andrea Riseborough (« W. E. »).

De James Marsh (Irlande/Grande-Bretagne/France), avec : Clive Owen, Andrea Riseborough, Gillian Anderson - 1h42 - Sortie : 6 février

Synopsis : Collette, jeune veuve, est une républicaine, vivant à Belfast, avec sa mère et ses frères, de fervents activistes de l’IRA. Suite à son arrestation après un attentat avorté au cœur de Londres, Mac, un agent secret du MI5, lui offre le choix : passer 25 années en prison et ainsi perdre ce qu’elle a de plus cher, son fils, ou espionner sa propre famille. Elle décide de faire confiance à Mac, et retourne parmi les siens…
"Shadow Dancer" : la bande-annonce
Documenté et dramatique
La question irlandaise revient régulièrement sur les écrans, même si l’Accord du Vendredi Saint en 1998 fit taire la poudre. Adapté du roman éponyme de Tom Bradby, l’auteur est également le scénariste et le producteur exécutif de « Shadow Dancer ». Un projet qui lui tenait donc très à cœur, dont il confia la réalisation à James Marsh, un réalisateur qui passe régulièrement de la fiction au documentaire, un choix judicieux pour ce traitement documenté et naturaliste de la lutte armée en Irlande du Nord.

Correspondant de guerre pour la télévision dans la province, Bradby prit comme angle pour son ouvrage celui des informateurs britanniques, au cœur du conflit. La dramatisation du sujet émane du chantage qu’exerce l’un d’eux sur une jeune femme afin de lui soutirer des informations, au sein de sa propre famille, au risque de la faire tuer par représailles. James Marsh adapte parfaitement cette situation extrême sans pathos ni fioritures, en accord avec sa patte de documentariste.
Clive Owen et Andrea Riseborough dans "Shadow Dancer" de James Marsh

Clive Owen et Andrea Riseborough dans "Shadow Dancer" de James Marsh

© Wild Bunch Distribution
Mélancolie
Veuve, manipulée par ses frères dans la lutte, oppressée par un espion au charme indéniable, Collette (magnifique Andrea Riseborough) ne voit guère le soleil percer dans une vie qui ne lui appartient plus. Filmé dans une constante pénombre – celle de paysages pluvieux, de parking souterrains, de rues grises… - la lumière du film rejoint son être. Mélancolique, « Shadow Dancer » n’en est pas moins soutenu par une forte dramaturgie et un suspense à fleur de peau. L’espion du MI5 (Clive Owen), qui recrute Collette, passe d’une froideur première, à un sentiment de culpabilité. Alors que ses supérieurs, la chef des services secrets en tête (Gillian Anderson, rescapée d’« X Files »), demeure de marbre et la considère comme valeur négligeable.

Thriller sobre, presque âpre, habité d’une forte teneur émotionnelle, « Shadow Dancer » ausculte aussi de l’intérieur une famille irlandaise impliquée de plain-pied dans la lutte armée nord-irlandaise. Son combat, qui devrait participer de son unité, est parcouru de fractures, de conflits internes, dont certains feront les frais. Dénué de tout relâchement, jouant autant de la psychologie que de l’action à un rythme soutenu, mené de main de maître avec une interprétation de tout premier ordre, « Shadow Dancer » ne doit pas rester dans l’ombre.