"Le Cinquième pouvoir" : une affaire Julian Assange complexe et touffue

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 02/12/2013 à 11H44, publié le 01/12/2013 à 21H24
Benedict Cumberbatch est Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks dans "Le Cinquième pouvoir" de Bill Condon

Benedict Cumberbatch est Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks dans "Le Cinquième pouvoir" de Bill Condon

© Metropolotan FilmExport

Le réalisateur Bill Condon n’a pas signé grand-chose hormis deux épisodes de la franchise « Twilight », même si beaucoup de films sont sortis sous son nom (« Dreamgirls », « Dr Kinsey »…), sa carrière s’étant effectuée surtout à la télévision. Il décroche la timbale avec « Le Cinquième pouvoir » sur l’affaire Julian Assange et WikiLeaks, que n’épargne pas la polémique.

De Bill Condon (Etats-Unis), avec : Benedict Cumberbatch, Daniel Brühl, Anthony Mackie, David Thewlis, Alicia Vikander - 2h09 - Sortie : 4 décembre 2013

Synopsis : En rendant publics des documents confidentiels, ils ont fait vaciller les plus grands pouvoirs de la planète. La révélation d’informations ultra-secrètes explosives a mis en lumière un monde jusque-là inconnu. WikiLeaks a changé la donne à jamais. Comment Julian Assange, fondateur de WikiLeaks, et Daniel Domscheit-Berg, ont-ils pu obtenir ces documents ? Comment est né leur site qui, en quelques mois, a réussi à révéler bien plus de secrets que tous les plus grands médias officiels réunis ?
"Le Cinquième pouvoir" : la bande-annonce

A charge ?
Julian Assange est toujours en exile dans l’ambassade de l’Equateur à Londres sous un mandat d’arrêt des Etats-Unis pour avoir rendu public des milliers de documents secrets du département américain via le site WikiLeaks, dont il est l’instigateur avec Daniel Domscheit-Berg . Le film raconte leur histoire, leur rencontre et leur distanciation en se basant sur les sources livresques de Daniel Domscheit-Berg, de David Leigh et Luke Harding sur le sujet. Sans jamais avoir vu le film, Julian Assange réfute le film en le qualifiant à charge contre lui, vu ses sources.

Il faut dire, qu’au regard des vues de Daniel Domscheit-Berg, dont il est beaucoup question dans le film, ce dernier n’est guère positif à l’égard d’Assange. « Le Cinquième pouvoir » n’est pas pour autant un brûlot contre l’instigateur de WikiLeaks, bien au contraire. Bill Condon met à plat la monstration du détournement de données secrètes par le talent des manipulations informatiques pour les révéler au public. Comme une œuvre démonstrative du pouvoir de la cybernétique au regard des puissants. Assange devrait s’en réjouir.

Benedict Cumberbatch est Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks, face à Daniel Brühl, interprète de Daniel Domscheit-Berg, dans "Le Cinquième pouvoir" de Bill Condon

Benedict Cumberbatch est Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks, face à Daniel Brühl, interprète de Daniel Domscheit-Berg, dans "Le Cinquième pouvoir" de Bill Condon

© Metropolotan FilmExport

Ambiguïté
En retour de cette reconnaissance envers la révélation de documents confidentiels au regard de chacun, « Le Cinquième pouvoir » fait le portrait d’un homme ambigüe, au regard duquel on se demande constamment s’il sert une cause humaniste ou lui-même. Comme une quête narcissique que serviraient ses talents de « hacker ». Pourtant au-delà de cette question, les révélations faites par WikiLeaks vont bien plus loin que des simples questions d’ego. Elles déstabilisent les Etats. Et c’est bien la cible que vise Julian Assange, et ce que démontre le film. Ce pourquoi l’on se demande la raison pour laquelle il ne cesse d’attaquer le film sans l’avoir vu.

Reste le fond de sa démarche. Tout secret reste-t-il bon à dire ? Prenons par exemple la question des rançons remise par un Etat pour la libération d’otages dont nous ressassent les médias à chaque libération, qui en fait incitent les terroristes à leurs pratiques indignes. Le secret d’Etat reste-t-il bon à préserver ? « Le Cinquième pouvoir » pose la question avec un cas d’école à la clé sous les feux de l’actualité. De plus, Bill Condon fait usage d’une mise en scène astucieuse à plus d’un titre dans la mise en perspective des outils technologiques permettant la mise en œuvre de la croisade conduite par Julian Assange. Il donne à son film la teneur d’un thriller digne d’un Pakula, Lumet ou Pollack des années 70 et se situe dans la lignée du « Social Network » de David Fincher.