Mostra de Venise : l'extrême droite dans le collimateur avec deux films sur Steve Bannon et Anders Breivik

Par @Culturebox
Mis à jour le 05/09/2018 à 20H27, publié le 05/09/2018 à 20H20
Steve Bannon et Anders Breivik © MICHAL CIZEK / LISE AASERUD / NTB SCANPIX / AFP

Dans un contexte de montée des nationalismes en Europe, la Mostra de Venise a montré deux visages de l'extrême droite. D'une part, un documentaire sur Steve Bannon, le sulfureux conseiller du président américain Trump, et d'autre part un autre film, un drame de fiction cette fois, sur les massacres d'Oslo et d'Utøya perpétrés en 2011 par le terroriste Anders Breivik.

Présenté hors compétition, le documentaire "American Dharma", du cinéaste et journaliste américain Errol Morris, décrypte l'idéologie de Steve Bannon et les dangers qu'elle représente selon lui. "Je pense qu'il est important pour nous aux Etats-Unis et pour le monde de comprendre ce qui arrive et l'ignorer serait une grave erreur", a déclaré Errol Morris en conférence de presse.

Cinq jours d'entretien

"On peut faire l'autruche, mettre la tête dans un trou et dire que le danger n'existe pas, mais le danger existe et mieux vaut comprendre sa nature", a ajouté de cinéaste de 70 ans, clairement hostile aux idées de Bannon.


Son film est un dialogue basé sur cinq jours d'entretiens réalisés avec le conseiller de l'ombre, décrit comme celui qui a porté Donald Trump à la Maison Blanche en 2016, avant d'être limogé durant l'été 2017. "Nous allons vivre une autre crise financière, tous les gens intelligents la voient arriver", annonce Steve Bannon, 64 ans. L'ex-conseiller stratégique à la Maison Blanche raconte comment il a rebattu les cartes d'une campagne présidentielle qui s'annonçait comme une cuisante défaite pour le "superstitieux" Donald Trump.

L'ancien patron du site d'informations ultra-conservateur Breitbart explique qu'il a simplifié la campagne à une série de slogans populistes : "Construire le mur" (pour lutter contre l'immigration mexicaine), "Détruire l'Etat islamique" ou encore "Quitter l'Irak et l'Afghanistan". Il affirme avoir pressé le président Trump de "frapper fort" dès son arrivée dans le bureau ovale en prenant une série de mesures dont le très contesté "Muslim ban", décret interdisant pour des raison de sécurité nationale les ressortissants de six pays, dont cinq à majorité musulmane, d'entrer sur le territoire américain.

Steve Bannon dans le film "American Dharma" d'Errol Morris

Steve Bannon dans le film "American Dharma" d'Errol Morris

Trump "naïf"

Steve Bannon décrit Donald Trump comme un "naïf" qui pensait "que le New York Time lui souhaiterait bonne chance après son élection" et révèle que c'est contre son avis qu'il a limogé le chef du FBI James Comey, commettant ainsi, selon Bannon, une "erreur". "Hillary Clinton a perdu face à Trump parce qu'elle est tombée dans le piège, elle a fait campagne contre moi et Breitbart. Elle a prôné une politique identitaire et nous les emplois et l'espoir", explique-t-il.
 
Le documentaire montre aussi comment, après son pays, Steve Bannon envisage de diffuser ses idées en Europe. On le voit s'exprimer en France devant les militants du Front national (devenu Rassemblement national) en mars 2018 et leur disant: "Laissez-vous appeler racistes, xénophobes, portez-le comme une médaille".

Pourtant, explique Errol Morris, "si vous demandez à Bannon s'il est raciste ou antisémite, il vous dira non !" "Il a appelé (le président français) Macron le banquier de Rothschild, intéressé seulement par l'argent, alors j'ai demandé à un ami juif professeur à Harvard ce que cela signifiait et il m'a répondu que c'était un signal très clair", confie Errol Morris.

"Un 22 juillet"

L'extrémisme de droite dans sa forme la plus violente est au coeur de "22 July" ("Un 22 Juillet") du Britannique Paul Greengrass, présenté également le 5 septembre, cette fois en compétition. Le film revient sur la massacre perpétré par Anders Breivik, terroriste norvégien d'extrême droite, le 22 juillet 2011.


Ce jour-là, il commet un attentat à la bombe visant un édifice gouvernemental à Oslo, causant huit morts avant de tuer 69 personnes, en majorité des adolescents, dans un camp d'été de la Ligue des jeunes travaillistes de Norvège sur l'île d'Utøya, non loin de la capitale. "L'Europe, et l'Occident en général, sont entraînés vers la droite et le populisme d'une manière inédite depuis la Seconde Guerre mondiale", a estimé Paul Greengrass, 63 ans.

Un tendance due à la crise économique de 2008 - avec ses conséquences sur la croissance et l'emploi -  et "aux peurs liées aux mouvements de population", a expliqué le réalisateur de "Bloody Sunday" (2002). "Il y a, à l'intérieur de ce mouvement, des forces qui sont celles de la droite violente et qui m'ont amené aux événements survenus en Norvège", a-t-il ajouté. "Nous offrons le film avec humilité au monde comme une forme de méditation sur la façon pour nous de gagner la bataille".

Ce film fort, qui montre crûment la détermination de Breivik puis son procès, est tiré du livre de la journaliste Asne Seierstad et sera diffusé par Netflix en octobre.