Mort de Stéphane Audran, l'actrice fétiche de Claude Chabrol

Par @Culturebox
Mis à jour le 27/03/2018 à 15H57, publié le 27/03/2018 à 12H34

https://videos.francetv.fr/video/NI_1209695@Culture

Stéphane Audran s'est éteinte à l'âge de 85 ans des suites d'une maladie, a annoncé son fils Thomas Chabrol. Actrice fétiche de Claude Chabrol, elle joue un rôle marquant dans "Le Boucher" et "Les noces rouges". Figure emblématique du cinéma français des années 1970, elle a également participé au "Charme discret de la bourgeoisie" de Luis Buñuel, puis au "Festin de Babette" du Danois Gabriel Axel.

"Ma mère était souffrante depuis quelques temps. Elle a été hospitalisée une dizaine de jours et était revenue chez elle. Elle est partie paisiblement cette nuit vers 2 heures du matin", a dit le fils de l'actrice, Thomas Chabrol.

De son vrai nom Colette Suzanne Dacheville, Stéphane Audran est née à Versailles en 1932. Après avoir tenté le théâtre au début des années 1950, elle fait ses premiers pas de comédienne au cinéma. Elle rencontre au cours Dullin un apprenti-comédien, Jean-Louis Trintignant. Ils se marient mais vont vite se séparer, lorsque ce dernier tombe amoureux de Brigitte Bardot.

Muse de Claude Chabrol

Claude Chabrol, qui ne passe pas à côté de son charme, l'engage en 1959 pour "Les Cousins", pour une seule réplique. C'est le début d'une très féconde collaboration de plus de 20 films.  Elle se transforme en muse quasi exclusive de Chabrol, l'épouse en secondes noces en 1964, après lui avoir donné un fils, Thomas, et enchaîne les tournages à un rythme soutenu, parfois jusqu'à quatre par an, comme en 1970.

Avec "Les biches" de Claude Chabrol, Ours d'argent à Berlin en 1968, Stéphane Audran devient rapidement une figure emblématique du cinéma français des années 70. Durant cette décennie, celle qui se distingue par une voix traînante joue des premiers rôles marquants de Claude Chabrol, sous la direction duquel elle tournera au total une vingtaine de films. 

Vendeuse rêveuse dans "Les Bonnes femmes" (1960), maîtresse du tueur "Landru" (1962), ou bourgeoise saphique dans "Les Biches", elle multiplie les variations sur le thème de la bourgeoisie. Elle est l'épouse adultère de "La Femme infidèle" ou des "Noces rouges", et la jeune institutrice dans "Le Boucher". Stéphane Audran signe le "Manifeste des 343" pour la légalisation de l'IVG (1971). Son rôle dans "Violette Nozière", de Claude Chabrol, lui permet de remporter le César de la meilleure actrice dans un second rôle en 1979.

Elle participe à l'un des chefs-d'œuvre de Luis Buñuel, "Le Charme discret de la bourgeoisie", qui reçoit l'Oscar du meilleur film en langue étrangère en 1973 et pour lequel Stéphane Audran reçoit en Angleterre un BAFTA de la meilleure actrice. Autre film important : "Vincent, François, Paul et les autres" de Claude Sautet. 

Si elle se sépare de Claude Chabrol en 1980, leur collaboration n'en souffrira pas pour autant. "Nous avons eu ensemble dix-sept années de rigolade totale et de bonnes bouffes. Je ne sais pas ce que j'aurais fait sans lui", confiera celle qui tournera encore avec son ex-époux cinq films pour le cinéma ou la télévision.

"Le festin de Babette"

Dans les années 1980, elle tourne dans "Coup de torchon" de Bertrand Tavernier et dans quelques films étrangers comme "Au-delà de la gloire " de Samuel Fuller. Alors que sa carrière s'essouffle, elle parvient à faire un retour au premier plan dans "Le festin de Babette" du Danois Gabriel Axel, lauréat de l'Oscar du meilleur film en langue étrangère aux Oscars en 1988. A partir de la fin des années 1980, elle se fait discrète et plus rare à l'écran.
On la verra toutefois dans "Betty", toujours de Chabrol, au côté de Marie Trintignant en 1992,  "Ma femme s'appelle Maurice" de Jean-Marie Poiré en 2002 ou "La fille de Monaco" d'Anne Fontaine, 2008 -, donnant une nouvelle orientation à sa vie, en quête de sérénité par les médecines douces, l'acupuncture et la pensée chinoise. 
 
Jean-Pierre Mocky a réagi à la nouvelle de sa disparition : "Stéphane était épatante pour jouer les femmes libres et indépendantes comme elle l'était dans la vie. Je l'ai dirigée dans 'Les saisons du plaisir' avec Sylvie Joly. Beaucoup de metteurs en scène étaient amoureux d'elle et d'ailleurs Claude Chabrol l'a épousée. Il en a fait son actrice fétiche. Elle a été aussi l'égérie des Cahiers du cinéma. Elle était très aimée".