Lucio Urtubia, un militant anarchiste au Festival de Cinéma de Douarnenez

Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 21/08/2012 à 17H30
Lucio Urtubia, anarchiste et fier de l'être

Lucio Urtubia, anarchiste et fier de l'être

© France3 / Culturebox

Consacré cette année au pays basque, à la Catalogne et à la Gallice, le 35ème Festival de Cinéma de Douarnenez (17 au 25 août) a permis au public de découvrir le documentaire de Aitor Arregi et Jose Mari Goenaga. Intitulé « Lucio », il retrace l’itinéraire hors norme de Lucio Urtubia, un militant anarchiste espagnol. L’homme, qui vit en France, était présent à Douarnenez

https://videos.francetv.fr/video/NI_131895@Culture

« Donner un peu d’argent à ceux qui ne travaillent pas, quel mépris... Les allocations sont des suppositoires qui endorment les révoltés. Il ne faut rien attendre de l’État, rien des capitalistes. Il ne faut compter que sur nous. Alors, prenons nos responsabilités pour abattre ce monde insupportable ! ». Voilà une des diatribes de Lucio Urtubia. Elle permet en quelques mots de comprendre l’esprit de révolte qui anime toujours ce basque de 80 ans. Sa trajectoire n’a rien de commun et a souvent emprunté les chemins de l’illégalité. Mais notre homme ne s’est jamais enrichi à titre personnel.

Itinéraire d'un enfant "pas gâté"

Lucio Urtubia est né à Cascante en Espagne le 18 février 1931 dans une famille de paysans pauvres, ce qu’il considère comme « une chance ». Son père était un royaliste devenu républicain et syndicaliste après un séjour en prison. A 23 ans ans, il fuit le franquisme et s’exile en France. A Paris, il devient maçon, un métier qu’il exercera jusqu’à ses 72 ans, en parallèle à ses  autres activités, plus clandestines. Car la vie de Lucio Urtubia a basculé en 1957 quand il rencontre le guérillero anarchiste Quico Sabaté, à l'époque l'homme le plus recherché d'Espagne. Lucio l'hebrge chez lui alors que Sabaté cherche une planque. A son contact, Lucio s’engage alors activement dans la lutte contre Franco et l’impérialisme. Tout est bon pour financer le réseau de lutte : contrebande, braquage de banques, enlèvement, impression de faux papiers, de fausse monnaie et de… traveller’s chèques. En 1979, Lucio (qui a créé une dizaine d'imprimeries à Paris) imprime l’équivalent de 20 millions de dollars en faux travellers chèques, obligeant la First National City Bank à venir négocier avec lui alors qu’il est derrière les barreaux, défendu par un certain Roland Dumas. Un épisode qui le fit entrer dans la légende anarchiste. Ses talents de faux monnayeurs, Lucio Urtabia les mit au service de nombreuses causes dont certaines ont aussi défrayé la chronique par leur violence : CNT, ETA, GARI, MIL,Tupamaros, Montoneros, Black Panthers, Action Directe... Mais l’homme au regard pétillant a toujours vécu modestement et ne s’est jamais coupé du monde « normal », prônant la valeur essentielle du travail, comme source de dignité.

 

Retraité à la fois de son métier de maçon-carreleur et de ses activités anarchistes, Lucio Urtubia continue à prendre la parole ou à aider les autres à s’en emparer, de toutes les manières possibles. A Paris, en 1996, il a créé un lieu de rencontre et d’exposition, l’espace Louise Michel, au 42 ter rue des Cascades. Il a également écrit « Ma Morale anarchiste », publié par les éditions Libertaires. Mais celui qui a côtoyé Che Guevara, avant d’être poursuivi par Interpol a toujours dit « non » à ceux qui voulaient porter sa vie sur le grand écran.

Une photo de Lucio Urtubia avec le Che extraite du documentaire "Lucio"

Une photo de Lucio Urtubia avec le Che extraite du documentaire "Lucio"

© DR

Mais il a accepté que deux jeunes réalisateurs basques, Aitor Arregi et Jose-Mari Goenaga, fassent revivre ses amitiés, ses combats, à travers un documentaire de  93 minutes. Sorti en 2007, ce film arrive à point nommé dans une époque qui se cherche des héros et où les banquiers sont mal-aimés. On peut s’interroger sur cette vie qui a souvent enfreint les lignes de la légalité. A ces questions, Lucio Urtubia répond sans hésiter ceci : « Si j’avais à refaire ma vie je la referais de la même façon, je peux regarder les gens en face, je n’ai rien à me reprocher, même si la justice elle m’a reproché beaucoup de choses ». 

A lire aussi : « Lucio l'irréductible », une biographie de Lucio Urtubia par Bernard Thomas aux éditions Flammarion, 330 pages, 21,19 euros