La cérémonie des Golden Globes sous le signe de la lutte contre les violences sexuelles à Hollywood

Par Culturebox (avec AFP) @Culturebox
Mis à jour le 09/01/2018 à 14H58, publié le 08/01/2018 à 10H15
De gauche à droite : les actrices Laura Dern, Nicole Kidman, Zoe Kravitz, Reese Witherspoon et Shailene Woodley, récompensées pour la série "Big Little Lies", grande gagnante des Golden Globes. 

De gauche à droite : les actrices Laura Dern, Nicole Kidman, Zoe Kravitz, Reese Witherspoon et Shailene Woodley, récompensées pour la série "Big Little Lies", grande gagnante des Golden Globes. 

© Jordan Strauss/AP/SIPA

Dans le sillage de l'affaire Weinstein qui a ébranlé Hollywood, la cérémonie des Golden Globes, qui s'est déroulée dans la soirée du 7 janvier à Beverly Hills en Californie, a célébré la lutte contre les violences sexuelles. Dans toutes les catégories, les œuvres avec des personnages féminins forts ont été récompensées.

Cela a été le temps fort de la soirée : la productrice, présentatrice et actrice vedette noire Oprah Winfrey a reçu le prix Cecil B. DeMille pour sa carrière, et a profité de cette tribune pour déclamer un puissant discours :  "Dire notre vérité est l'outil le plus puissant que nous ayons. Je suis particulièrement fière et inspirée par toutes les femmes qui se sont senties suffisamment fortes pour élever la voix et partager leurs histoires personnelles", a déclaré cette personnalité adorées des Américains. "Depuis trop longtemps, les femmes n'ont pas été entendues ou crues si elles osaient dire la vérité face au pouvoir de ces hommes. Mais c'est fini pour eux ! C'est fini pour eux", a-t-elle ajouté, recevant une ovation debout et déclenchant des larmes parmi les actrices dans la salle de bal du Beverly Hilton.

Extrait du discours : 

Le producteur Harvey Weinstein, qui a régné sur Hollywood pendant des décennies, a été accusé par plus de 100 femmes de harcèlement, agressions sexuelles ou viols, et sa chute a déclenché une onde de choc dans le monde entier et tous les secteurs professionnels. Depuis, une litanie de personnalités du cinéma comme les acteurs Kevin Spacey, Dustin Hoffman ont à leur tour été accusés d'abus sexuels.

Les récompenses ont sacré les films avec des personnages féminins

"3 Billboards : les panneaux de la vengeance", film sur une mère qui demande justice (à l'aide de trois panneaux publicitaires) et dénonce l'inertie de l'enquête policière après l'assassinat de sa fille, a été couronné meilleur film dramatique avec quatre prix au total. Son interprète principale Frances McDormand, le scénario de son auteur-réalisateur Martin McDonagh et l'acteur dans un second rôle Sam Rockwell ont aussi été primés. Frances McDormand s'est dite heureuse de "participer au changement tectonique dans la structure de pouvoir dans notre industrie".
 
C'est "Lady Bird", fable douce amère sur une adolescente tourmentée mise en scène par Greta Gerwig - pourtant occultée de la sélection pour le prix des metteurs en scène - qui a décroché le titre de meilleure comédie. Son interprète Saoirse Ronan, repart quant à elle, avec la statuette de meilleure actrice dans cette catégorie.

"C'est pour les femmes suffisament courageuses pour s'élever contre l'intolérance et l'injustice" 

En télévision, la mini-série "Big Little Lies" a triomphé avec les Globes de la meilleure minisérie et des prix pour ses interprètes Nicole Kidman en femme battue, Alexander Skarsgard qui joue son mari violent lors de scènes terrifiantes, et Laura Dern, en mère d'une petite fille harcelée en classe. La série "La servante écarlate", qui dépeint un monde apocalyptique où les Etats-Unis sont aux mains d'une secte fondamentaliste maintenant les femmes fertiles en esclavage, a remporté la statuette de meilleure série dramatique, son actrice Elisabeth Moss ayant été également primée. Elle a dédié son Golden Globe à Margaret Atwood, auteure du roman dont est adapté la série: "c'est pour vous et les femmes (...) suffisamment courageuses pour vous élever contre l'intolérance et l'injustice".
 
Presque tous les participants à la soirée portaient du noir, répondant à l'appel d'actrices et de l'organisation Time's Up fondée par de grands noms féminins d'Hollywood comme Natalie Portman et Jessica Chastain pour financer la défense de victimes d'abus sexuels au travail. Les projecteurs braqués sur les violences sexuelles ont occulté le débat sur le manque de diversité à Hollywood et le palmarès dimanche était presque entièrement blanc, à l'exception de Sterling K. Brown pour "This is Us" et Aziz Ansari pour "Master of none".

Steven Spielberg et Ridley Scott sont repartis bredouille

La romance fantastique entre une muette solitaire et un monstre reptilien, "La forme de l'eau", du Mexicain Guillermo del Toro, est repartie avec le Globe du meilleur réalisateur et de la meilleure  bande-originale pour le compositeur français Alexandre Desplat. "Pentagon Papers", de Steven Spielberg et "Tout l'argent du monde" de Ridley Scott, retourné en urgence pour expurger Kevin Spacey, sont repartis bredouille. 

Chez les acteurs c'est  Gary Oldman, sans surprise, qui a été distingué en en Winston Churchill dans "Les heures sombres" et James Francos dans la catégorie comédie pour "The disaster Artist". Le drame sur le terrorisme "In the Fade", du cinéaste allemand d'origine turque Fatih Akin, une coproduction germano-française, a remporté le prix du meilleur film en langue étrangère. 
 
Les Golden Globes forment un baromètre à la fiabilité variable sur les titres et artistes les mieux placés pour les Oscars, apogée de la saison des prix à Hollywood qui se tiendra le 4 mars.