Le festival de Beaune s'ouvre avec un polar japonais exigeant et mélancolique

Par @Culturebox
Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 06/04/2018 à 09H44, publié le 05/04/2018 à 09H49
"The Third Murder" de Hirokazu Kore-eda

"The Third Murder" de Hirokazu Kore-eda

© Toho

A l’encontre de 2017, où le festival du film policier de Beaune avait débuté avec une parodie loufoque, cette 10e édition s’est ouverte mercredi soir avec le sombre "The Third Murder" d’Hirokazu Kore-eda ("Tel père, tel fils", "Notre petite soeur"). Un film de procès, plus que policier, inaugural d'un festival vite lancé par le maire de Beaune Alain Sugueneau et le fondateur Lionel Chouchan.

La note Culturebox

3
3/5

Noir c’est noir

Apre, atteignant le métaphysique, "The Third Murder" surprend comme choix de film d’ouverture. L’exercice est en effet généralement plus propice au festif. Le festival attaque dans le dur le genre policier. Est-ce l’augure d’une 10e édition sous le signe de la noirceur ? Mais ne parle-t-on pas souvent de film noir pour qualifier le polar ? La suite nous le dira.
"The Third Murder" : la bande annonce
Un homme, déjà lourdement condamné par le passé, s’accuse d’un meurtre devant son avocat, alors qu’il risque la peine de mort. Mais il donne plusieurs versions de son crime. L’avoué en vient à douter de la culpabilité de son client. Menant sa propre enquête, le témoignage de la fille de la victime le trouble, puis l’accusé se rétracte. La quête de la vérité est au cœur de "The Third Murder", la fillette ira jusqu’à dire que "tout le monde ment ici".

Fatum

Risquant la peine de mort, ce meurtrier supposé a un comportement suicidaire. Il affirme que "certaines personnes ne méritent pas de vivre". "Elles n’ont pas demandé à exister, elles n’ont pas eu le choix", souligne-t-il. Raison pour laquelle elles versent, comme lui, dans le mal. Mais est-il si mauvais que cela, cet homme apparemment affable ? Pourquoi, cette fillette handicapée tente-t-elle de le sauver de la peine capitale, en accusant d’actes odieux son père assassiné ? Dit-elle la vérité ? Et cette veuve que signifie-t-elle quand elle suggère un trafic vénal au sein de l’entreprise de son mari, qui serait à l’origine de sa mort ?
Masaharu Fukuyama dans "The Tird Murder" de Hirokazu Kore-eda

Masaharu Fukuyama dans "The Tird Murder" de Hirokazu Kore-eda

© Toho
Hirokazu Kore-eda construit un labyrinthe de présomptions, de doutes, comme si ses protagonistes n’étaient pas maîtres de leurs convictions, remises constamment en question. Comme si un fatum les dominait inexorablement. "The Third Murder" met en perspective la justice humaine, interroge la capacité de l’homme à tirer les fils d’une vérité dont dépend le sort d’un semblable.

Le film projeté également à la Mostra de Venise sort la semaine prochaine, le 11 avril en France. D’une lenteur toute asiatique, un effort est nécessaire pour entrer dans ce long métrage mélancolique aux teintes atones, d’une grisaille dominante et aux fulgurances tour à tour glaciales et brûlantes. Mais la récompense est au bout du chemin, dans la finesse de la construction, la pertinence de l’analyse, en laissant toutes les questions ouvertes. 
"The Third Murder" : l'affiche

"The Third Murder" : l'affiche

© Le Pacte

LA FICHE

Genre : Policier
Réalisateur :   Hirokazu Kore-eda  
Pays : Japon
Acteurs : Masaharu Fukuyama, Koji Yakusho, Suzu Hirose
Durée : 2h05
Sortie : 11 avril 2018

Synopsis : Le grand avocat Shigemori est chargé de défendre Misumi, accusé de vol et d’assassinat. Ce dernier a déjà purgé une peine de prison pour meurtre 30 ans auparavant. Les chances pour Shigemori de gagner ce procès semblent minces, d’autant que Misumi a avoué son crime, malgré la peine de mort qui l’attend s’il est condamné. Pourtant, au fil de l’enquête et des témoignages, Shigemori commence à douter de la culpabilité de son client.