La première réalisatrice saoudienne sort un film féministe sur Mary Shelley

Par Culturebox (avec AFP) @Culturebox
Mis à jour le 03/08/2018 à 20H01, publié le 03/08/2018 à 19H25
Haifaa Al-Mansour, première réalisatrice de cinéma saoudienne

Haifaa Al-Mansour, première réalisatrice de cinéma saoudienne

© GERARD JULIEN / AFP

Attendu sur les écrans mercredi prochain 8 août, "Mary Shelley", biopic sur l’écrivaine qui publia "Frankenstein, ou le Prométhée moderne" en 1818, donne une vision féministe de la jeune auteure alors âgée de 21 ans. Fidèle à sa personnalité, le film a été confié à la réalisatrice saoudienne Haifaa Al-Mansour, qui fait figure de pionnière dans ce domaine.

Un premier long métrage tourné dans une camionnette

Sans Haifaa Al-Mansour, y aurait-il aujourd’hui des salles de cinéma en Arabie-Saoudite, alors qu’elles y ont été bannies durant des décennies par un régime des plus conservateurs ? Cette réouverture récente, en avril dernier, fait suite à l’interdiction depuis 35 ans de toute projection en public d’un film. La première réalisatrice dans son pays, qui a appris le métier en Australie après être passée par l’Université américaine du Caire, et vit à Los Angeles, n’y est pas pour rien.

"Quand j'ai commencé à faire des films en 2005, avec mon premier court métrage, les gens ne croyaient pas au cinéma en Arabie saoudite, les films y étaient interdits, et il y avait beaucoup de ségrégation dans le pays, donc les gens disaient ‘une femme qui fait des films, oh’", se souvient la réalisatrice de 43 ans, dans un entretien à l'AFP.

Pour son premier long métrage, "Wadjda", en 2013 - l'histoire d'une fillette de douze ans qui veut s'offrir un vélo alors qu'ils sont réservés aux hommes -, Haifaa Al-Mansour avait dû tourner dans une camionnette, à l'abri des regards, et diriger les acteurs à l'aide d'un talkie-walkie.
"Wadjda" : la bande-annonce

Un projet sur une femme médecin

Ce film a provoqué un immense débat dans son pays d’origine, à la suite de sa sélection aux Oscars du meilleur film étranger en 2014. Pays ultraconservateur, l'Arabie saoudite s'est engagée, sous l'impulsion du prince héritier Mohamed ben Salmane, dans une série de réformes visant à une plus grande participation des femmes dans la vie économique et sociale. Des femmes, autorisées à conduire dans le royaume depuis le 24 juin, mais qui restent sous tutelle masculine. Le prince héritier a également levé l'interdiction des salles de cinéma et autorisé les concerts mixtes, et le pays a annoncé son ambition de se lancer dans le 7e Art.

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"L'Arabie saoudite a changé par rapport à l'époque où j'ai tourné ‘Wadjda’", estime la cinéaste qui vit aujourd'hui à Los Angeles avec son mari américain et ses enfants. "Maintenant, nous avons un fonds pour le cinéma qui soutient mon prochain projet, qui s'appelle ‘Le Candidat parfait’, sur une jeune doctoresse saoudienne qui décide de se présenter à une élection municipale", dit-elle. Un film dont le tournage commencera en septembre.

Mary Shelley, c’est moi

Acclamé par la critique, premier film saoudien à concourir pour l'Oscar du meilleur film étranger en 2014, "Wadjda", a ouvert bien des portes à Haifaa Al-Mansour, et notamment celles d'Hollywood. Des producteurs sont venus lui proposer "Mary Shelley", biopic de la créatrice de "Frankenstein" avec l'actrice américaine Elle Fanning qui sort mercredi (bientôt la critique sur Culturebox).

"Je ne m'attendais pas à ça", reconnaît la cinéaste, formée à l'Université américaine du Caire, puis à l'Université de Sydney où elle a décroché un master en cinéma. "Nous avons beaucoup réécrit le scénario", poursuit-elle.  "Ce n'est pas seulement une histoire d'amour".
"Mary Shelley" : la bande annonce
Tourné entre l'Irlande, le Luxembourg et la France, "Mary Shelley" raconte la vie de Mary Wollstonecraft Godwin, jeune fille aux idées progressistes qui a fait scandale en s'enfuyant à l'âge de 16 ans avec le poète Percy Shelley. Elle a ensuite écrit à 18 ans "Frankenstein", devenu un livre culte mais publié anonymement à ses 21 ans, dans une société qui laissait encore une place restreinte aux femmes de lettres.
"L'histoire de cette femme, qui écrit quelque chose de si original et qui n'a pas son nom sur la couverture, je ne pouvais pas ne pas la raconter. Je me suis dit que c'était définitivement un film pour Haifaa", dit-elle.

Pour la réalisatrice, qui dit aimer vivre à Los Angeles, il reste néanmoins "très important de faire des films en Arabie saoudite, particulièrement au moment où le pays se lance dans le 7e Art et autorise l'ouverture de salles de cinéma". "Ce sera merveilleux de faire partie de l'évolution du cinéma dans le pays", ajoute-t-elle.