Kirill Serebrennikov : ouverture du procès du metteur en scène russe

Mis à jour le 08/11/2018 à 10H08, publié le 07/11/2018 à 09H59
Le metteur en scène russe Kirill Serebrennikov à l'ouverture de son procès le 7/11/2018

Le metteur en scène russe Kirill Serebrennikov à l'ouverture de son procès le 7/11/2018

© Alexander Zemlianichenko/AP/SIPA

Le metteur en scène de théâtre et de cinéma russe Kirill Serebrennikov, assigné à résidence depuis plus d’un an, se trouve depuis mercredi matin devant ses juges à Moscou. Accusé de détournement de fonds, il a qualifié ce chef d’inculpation d’"absurdes".

Après plusieurs audiences techniques à huis clos, celle de mercredi constituait l'ouverture de la partie publique du procès, dénoncé dans le monde de la culture comme une nouvelle attaque des milieux conservateurs russes contre la création artistique. Elle a duré plus de cinq heures et a été ajournée jusqu'à jeudi.
 
"Je n'ai jamais rien volé": le metteur en scène Kirill Serebrennikov a clamé son innocence mercredi à l'ouverture de son procès pour une affaire de détournements de fonds qui vaut à l'enfant terrible du cinéma et théâtre russe d'être assigné à résidence depuis plus d'un an.
 
De nombreuses personnalités du monde de la culture se trouvaient devant le tribunal pour l’accueillir et le soutenir. Souvent critiquées des milieux conservateurs et religieux russes, Kirill Serebrennikov s’était vu refusé de quitter la Russie pour se rendre en mai dernier au Festival de Cannes, où était projeté en compétition officielle son dernier film "Leto" ("L’Eté").
"Leto" : la bande annonce (VO)

133 millions de roubles détournés ?

La juge Irina Akkouratova a ouvert l'audience qui marque le début de l'examen public du fonds de l'affaire, après plusieurs séances techniques à huis clos en octobre.

Kirill Serebrennikov est accusé d'avoir détourné 133 millions de roubles (1,7 million d'euros) de subventions publiques destinées à son théâtre moscovite grâce à un système de devis et factures gonflés entre 2011 et 2014. En juillet, alors que son assignation à résidence était à nouveau prolongée, le metteur en scène et cinéaste de 49 ans avait résumé en un mot, "absurde", cette affaire et assuré que les sommes versées avaient servi à créer des œuvres.

Le monde des arts sous pression
Kirill Serebrennikov avait été arrêté dans la nuit du 21 au 22 août 2017 et assigné à résidence alors qu'il se trouvait en plein tournage d'un film à Saint-Pétersbourg. Quatre mois plus tard, la justice russe ordonnait la saisie des biens et actifs du metteur en scène, notamment son appartement et sa voiture. Plusieurs de ses collaborateurs sont également poursuivis dans cette affaire.

Pour ses partisans, Kirill Serebrennikov paie la montée en puissance des valeurs conservatrices en Russie, où les artistes sont confrontés à une pression croissante.

Sans s'opposer ouvertement au président Vladimir Poutine, Kirill Serebrennikov avait à plusieurs reprises critiqué ces pressions et ses œuvres, abordant des thèmes comme la politique, la religion ou la sexualité, sont régulièrement critiquées par les militants orthodoxes ou les autorités.
La ministre de la culture Françoise Nyssen sur le tapis rouge avec Radu Mihaileanu , Charles-Evrard Tchekhoff et Ilya Stewart

La ministre de la culture Françoise Nyssen sur le tapis rouge avec Radu Mihaileanu , Charles-Evrard Tchekhoff et Ilya Stewart

© Alberto PIZZOLI / AFP

Un artiste reconnu et soutenu

Avant le Festival de Cannes, il avait aussi manqué en décembre 2017 la première de son ballet "Noureev", consacré au danseur étoile soviétique passé à l'ouest en 1961 et monté au Bolchoï de Moscou. Le spectacle lui-même avait été pris dans une controverse, retardant la première de six mois.

La semaine dernière, Kirill Serebrennikov a été nommé dans trois catégories aux prestigieux "Masques d'Or", qui récompensent les spectacles montés la saison dernière en Russie. Dimanche a aussi eu lieu la première de sa mise en scène de "Cosi fan tutte" de Mozart à l'opéra de Zurich (Suisse), après plus d'un an de travail à distance.

Kirill Serebrennikov avait été nommé en 2012 à la tête du Centre Gogol, qu'il a transformé en un des centres névralgiques de la culture contemporaine à Moscou. Il y a notamment monté "Les Âmes mortes", d'après le roman de Nicolas Gogol, acclamé en 2016 au Festival d'Avignon.

"Il y a eu une bataille contre lui depuis qu'il a pris la tête du Centre Gogol", a déclaré à l'AFP John Freedman, un écrivain américain et spécialiste du théâtre contemporain russe installé à Moscou.

Depuis son arrestation, de nombreux appels à la levée des charges pesant sur lui ont été lancés par des figures russes du monde des arts, comme par des personnalités culturelles internationales, de l'actrice australienne Cate Blanchett, présidente du jury du Festival de Cannes en 2018, à l'ancienne ministre française de la Culture Françoise Nyssen.