Harcèlement sexuel : Kevin Spacey dans la tourmente malgré ses excuses

Par @Culturebox
Mis à jour le 30/10/2017 à 19H42, publié le 30/10/2017 à 11H54
Anthony Rapp (gauche) + Kevin Spacey (droite) 

Anthony Rapp (gauche) + Kevin Spacey (droite) 

© Tim P. Whitby / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP et Dia DIPASUPIL / AFP

Les scandales sexuels continuent de secouer Hollywood : cette fois c'est Kevin Spacey. L'acteur américain oscarisé a présenté ses excuses auprès de l'acteur Anthony Rapp qui l'a accusé de lui avoir fait des avances en 1986 : ils avaient alors respectivement 26 et 14 ans. Dans le même temps, Spacey a rendu publique son homosexualité, ce qui a suscité de multiples critiques.

Kevin Spacey a publié cette mise au point sur son compte Twitter, après les accusations faites sur Buzzfeed News par Anthony Rapp, connu pour son rôle dans la version originale de la comédie musicale de Broadway "Rent".

"Une attitude en état d'ébriété des plus inappropriées"

Kevin Spacey, 58 ans, deux fois récompensé par un Oscar et star de la série de Netflix "House of Cards", a précisé qu'il ne se souvenait plus des faits. Mais "si je me suis comporté comme (Anthony Rapp) le décrit, je lui dois mes excuses les plus sincères pour ce qui aurait été une attitude en état d'ébriété des plus inappropriées".

Anthony Rapp, 46 ans, a raconté pour Buzzfeed News comment en 1986, âgé alors de 14 ans, Kevin Spacey l'avait invité à une fête dans son appartement new-yorkais. Tous deux jouaient à l'époque dans des spectacles de Broadway. Selon Anthony Rapp, il se trouvait dans la chambre de Kevin Spacey, âgé alors de 26 ans, en train de regarder la télévision quand l'acteur est apparu à la porte à la fin de la nuit, "comme en train de tituber" et apparemment ivre. Kevin Spacey l'a alors poussé sur son lit et s'est allongé sur l'adolescent, toujours selon le récit d'Anthony Rapp. "Il cherchait à me séduire", a expliqué Rapp à Buzzfeed. "Je ne sais pas si j'aurais utilisé ce langage mais j'étais conscient qu'il cherchait à m'entraîner sur le terrain sexuel". Anthony Rapp ajoute qu'il s'est échappé et réfugié dans la salle de bains avant de quitter l'appartement et de rentrer chez lui. 

Coming out

Les accusations d'Anthony Rapp "m'ont encouragé à aborder d'autres questions sur ma vie", poursuit l'acteur. "Comme tous ceux qui me sont le plus proches le savent, j'ai eu dans ma vie des liaisons à la fois avec des hommes et des femmes. J'ai aimé et eu des rencontres sentimentales avec des hommes tout au long de ma vie et j'ai décidé aujourd'hui de vivre en tant que gay", ajoute Kevin Spacey. "Je veux gérer cela honnêtement et ouvertement et cela commence par l'examen de mon propre comportement".

Une histoire dans le sillage de l'affaire Weinstein

L'acteur explique qu'il a décidé de s'exprimer sur cet épisode après l'énorme scandale mettant en cause le producteur américain Harvey Weinstein et qui est accusé par plus d'une cinquantaine de femmes d'agressions diverses ou de harcèlement, et aussi de plusieurs viols.

Il s'agit, a-t-il expliqué, "d'essayer de montrer sous un autre jour des décennies d'une attitude rendue possible en raison du silence observé par beaucoup, moi notamment".
"J'ai totalement conscience du moment que nous traversons et j'espère que cela (ses révélations) fera la différence", a-t-il ajouté. Anthony Rapp, qui vivait avec sa mère au moment des faits, a assuré que personne ne trouvait alors à redire de voir un jeune adolescent se rendre à une fête organisée par un acteur. "C'était une autre époque", a-t-il dit.

Les vives réactions à l'affaire Kevin Spacey

Ces "confessions" ont été mal accueillies à Hollywood toujours secoué, cinq semaines après, par le scandale retentissant déclenché par l'affaire Weinstein. Plus de 80 femmes - selon un décompte publié par l'actrice Asia Argento - ont accusé le producteur de harcèlement et agressions sexuelles sur plus de deux décennies, y compris plusieurs viols. La liste des victimes présumées du producteur continue à s'allonger. S'il n'a pas été inculpé à ce jour, le scandale a ouvert les vannes à des milliers de témoignages d'agressions sexuelles aux Etats-Unis et en Europe, dans le cinéma mais aussi beaucoup d'autres milieux. L'actrice Rose McGowan, qui a été l'une des premières à raconter avoir été violée par Harvey Weinstein et a pris le flambeau de la lutte contre les agressions sexuelles, a raillé Spacey en tweetant: "Au revoir, Spacey, au revoir, à ton tour de pleurer".

Beaucoup ont aussi accusé le héros de "House of Cards" d'essayer de détourner l'attention de cette vieille agression en révélant son homosexualité. "Révéler son homosexualité, ce n'est pas la même chose que de révéler qu'on s'est jeté sur un garçon de 14 ans. C'est dégoûtant de confondre les deux", a tweeté le critique de cinéma Richard Lawson. Comme d'autres dans la communauté gay, le journaliste et militant Glenn Greenwald a jugé le moment choisi particulièrement déplacé : "toutes ces occasions que Kevin Spacey a eues de sortir du placard et d'être un modèle pour d'autres : et il ne le fait que quand il se retrouve impliqué dans l'agression d'un adolescent", a-t-il déploré. Des critiques qui se multipliaient lundi  30 octobre alors qu'émergeaient d'autres accusations contre l'acteur.

D'autres faits évoqués

"J'étais fan de Kevin Spacey jusqu'à ce qu'il agresse quelqu'un que j'aime", avait ainsi tweeté le 13 octobre une ex-présentatrice américaine de télévision, Heather Unruh, sans mentionner le nom de la victime présumée. Le tweet était alors passé inaperçu, mais refaisait surface lundi. Et l'actrice américaine Rosie O'Donnell d'accuser elle aussi Spacey dans un tweet incendiaire : "comme Harvey nous savions tous pour toi", a-t-elle affirmé.

A Londres, où Spacey fut 11 ans durant directeur artistique du prestigieux théâtre Old Vic, certains ont laissé entendre que l'acteur pourrait être confronté à d'autres faits.
"Beaucoup de gens de théâtre et du monde de la création connaissaient des histoires sur beaucoup de monde depuis des années, et Kevin Spacey était l'un de ceux sur lesquels les gens avaient des inquiétudes, oui", a déclaré Vicky Featherstone, directrice artistique du Royal Court Theatre, interrogée sur la BBC.