Jean-Pierre Bacri drôle et émouvant dans Cherchez Hortense, de Pascal Bonitzer

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 28/08/2012 à 18H21
Isabelle Carré et Jean-Pierre Bacri dans Cherchez Hortense

Isabelle Carré et Jean-Pierre Bacri dans Cherchez Hortense

© Le Pacte

Le 5 septembre 2012 sort sur les écrans français « Cherchez Hortense », une comédie signée Pascal Bonitzer. C’est le 6e film de ce cinéaste qui affiche également une très longue carrière de scénariste.

La grâce

« Cherchez Hortense »  a la grâce. C’est suffisamment rare aujourd’hui pour le remarquer. Cette grâce vient d’abord de l’écriture et de la réalisation. La comédie que nous propose Bonitzer nous promène pendant une heure quarante au bord du drame. Elle en évoque le vertige avec humour, en frôle les abysses avec fantaisie, évoque avec une étonnante fraicheur les questions les plus primordiales de la condition humaine, même si cette condition humaine se déploie ici dans les quartiers bobos de la capitale, entre intellectuels. Enfin, pas seulement entre intellectuels. C’est justement l’irruption d’une autre réalité dans la vie d’un professeur de civilisation chinoise pour chefs d’entreprises, le destin d’une jeune « Serbe-Monténégrine » menacée d’expulsion, qui va venir bouleverser son équilibre précaire.

Sujet sur Cherchez Hortense dans le journal de France 3 du 05 septembre

https://videos.francetv.fr/video/NI_132317@Culture

Une mission

Damien, interprété par Jean-Pierre Bacri avec une sobriété remarquée, se voit confier la tâche de convaincre son père, conseiller d’Etat incarné par Claude Rich, d’intervenir pour empêcher le renvoi de la jeune fille, Isabelle Carré, dans son pays. Cette mission se révèle vite un pensum pour Damien, incapable de se faire entendre de son père, « très autocentré ». Les yeux cernés, le teint de papier mâché et l’éternelle barbe d’une semaine montrent assez que Bacri-Damien est dépassé par sa propre vie. Fils veule d’un père qui le méprise, il est en même temps le père dépassé d'un pré ado tête à claques et le mari bientôt quitté d’une belle femme, Kristin Scott-Thomas, metteur en scène de théâtre déçue par ce compagnon qui ne la gardera pas parce qu’il n’a pas su la regarder. Tourne autour un aréopage de personnages secondaires tous parfaitement esquissés et distribués avec beaucoup de justesse. Mention spéciale au toujours distancié Jackie Berroyer. Il faut d’ailleurs rester attentif à ces seconds rôles parmi lesquels se cache le cinéaste Benoît Jacquot.

De Pascal Bonitzer (France), avec Jean-Pierre Bacri, Kristin Scott Thomas, Isabelle Carré – 1h40 – sortie le 5 septembre Lire la critique

La bande-annonce de Cherchez Hortense

Equilibre précaire

Tout au long de « Cherchez Hortense », Bacri-Damien fait penser à un fildefériste perdant l’assiette qui le maintenait entre ciel et terre sans que personne, lui moins que tout autre, ne sache exactement comment. Il penche à droite, se risque à gauche, tente de se rattraper, frôle la chute vertigineuse pour finir par se retrouver sur ses pieds, ayant en quelque jours accompli parmi les siens la traversée intérieure qui fera de lui l’homme, le père et le fils qu’il n’avait jamais réussi à incarner jusqu’alors. Une métamorphose à laquelle l’amour, bien sûr, n’est pas étranger. Bonitzer nous livre en Damien - Jean-Pierre Bacri l’antihéros auquel on s’attend avec ce comédien. Il a ensuite le talent d’en faire une sorte d’Indiana Jones du chemin intérieur. Cette quête inconsciente passe par l’évocation du suicide (pas le sien), d’un meurtre possible, de la condition des sans-papiers, de l’adultère, de l’homosexualité assumée ou non. A ce dernier titre une scène mérite de rester dans l’histoire des dialogues au cinéma, celle au cours de laquelle Damien demande à son père, interprété par un excellent Claude Rich s’il est homosexuel… Au fil du film, comme sur un Rubik’s cube où les sentiments feraient office de couleurs, tout finit par se mettre en place au bénéfice de chacun des personnages.

La grâce, décidément

Sans ironie ni dérision mais avec humour et tendresse, Pascal Bonitzer signe avec « Cherchez Hortense » la chronique plus douce qu’amère du milieu de la vie. Il fait sienne la phrase qui veut qu’on ne refait pas sa vie, mais qu’on la continue. Parfois en mieux.

https://videos.francetv.fr/video/NI_132289@Culture