Interdit par Stanley Kubrick, son premier film sort en salles

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 14/11/2012 à 11H11
  • "Fear and Desire" (1954) de Stanley Kubrick
  • "Fear and Desire" (1954) de Stanley Kubrick
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  • "Fear and Desire" (1954) de Stanley Kubrick
    "Fear and Desire" (1954) de Stanley Kubrick © Films sans Frontières
  • "Fear and Desire" (1954) de Stanley Kubrick
    "Fear and Desire" (1954) de Stanley Kubrick © Films sans Frontières

Quand Stanley Kubrick sort son premier film en 1953, « Fear and Desire », le cinéaste perfectionniste en est insatisfait. Après quelques semaines d’exploitation, il en fait retirer toutes les copies de l’exploitation et en interdit la diffusion. Le film ressurgit aujourd’hui dans les salles : une curiosité, mais aussi la volonté d’un cinéaste bafouée, qui qualifiait son premier long métrage de « tentative, inepte et prétentieuse ».

Un film interdit par son auteur
Pour tout cinéphile, « Fear and Desire » était un mythe. Le premier film d’un des plus grands cinéastes au monde restait inaccessible. Récemment, lors de la rétrospective Kubrick à la Cinémathèque française, le programmateur Jean-François Rauger répondait à la question concernant la projection ou non du film, qu’une copie subsistait bien en Italie, mais que la Cinémathèque rendant hommage au metteur en scène, il n’était pas question de trahir sa décision d’interdire la projection de « Fear and Desire ». Le film était toutefois  disponible sur Internet, mais dans un état aléatoire.

De Stanley Kubrick (1954), avec : Frank Silvera, Virginia Leith, Kenneth Harp - 1h01 - Sortie : 14 novembre   Dans une guerre imaginaire, une patrouille militaire de quatre hommes se retrouvent derrière les lignes ennemies. Ils surprennent deux militaires opposés et les massacrent, puis rencontrent une jeune fille et la laisse surveillée par l'un d'eux qui révèle son esprit dérangé...


Jusqu’à aujourd’hui, le film restait invisible en salles ou en DVD, les droits des œuvres et du fonds Stanley Kubrick étant entre les mains de son épouse Christiane et de son beau-frère, ainsi que producteur, Jan Harlan. Quid de ce retour d’outre-tombe ? Surtout quand l’on sait combien le cinéaste était méticuleux, ne serait-ce que sur la qualité de projection de ses films en salles, ou inspectant les copies une à une, allant jusqu’à se rendre à des séances publiques pour vérifier le respect de son œuvre par les exploitants, quitte à faire retirer les copies en circulation pour les remplacer par de nouveaux tirages correspondant à ses exigences. Alors pensez donc à la projection d’un film dont il a interdit toute circulation depuis 1954 ! Kubrick doit se retourner dans sa tombe.

Une oeuvre en gestation
Pour l’avoir vu, « Fear and Desire » n’augure pas de l’immense cinéaste qu’est devenu Kubrick, ne serait-ce qu’après son deuxième film « Le Baiser du tueur », petit bijou de série noire. Son film inaugural reflète pourtant plusieurs strates de l’œuvre à venir. Film de guerre autour d’un conflit imaginaire dans les années 50, il annonce un des thèmes majeurs de Kubrick, qu’il traitera de front dans « Les Sentiers de la gloire » (1957), « Docteur Folamour » (1964), « Full Metal Jacket » (1987) et de façon plus diffuse dans « Spartacus » (1960) et « Barry Lyndon ».

L'équipe de tournage de "Fear and Desire" en 1953, Stanley Kubrick est à droite de la caméra avec sa première épouse

L'équipe de tournage de "Fear and Desire" en 1953, Stanley Kubrick est à droite de la caméra avec sa première épouse

© Films sans Frontières

Un point commun entre « Fear and Desire » et « Full Metal Jacket » : le passage d’une escouade militaire derrière les lignes ennemies. Figure importante dans les deux films : la femme. Celle du premier film va déstabiliser la cohésion du groupe d’hommes, et celle du second s’avèrera le snipper qui décime la patrouille de reconnaissance en territoire ennemi. La figure féminine renvoie également à la dernière scène des « Sentiers de la gloire », où la jeune serveuse montait sur la table de l’auberge où sont rassemblés les poilus de 14 pour chanter. Son rôle est tout à fait différent puisqu’elle rassemble les troupes autour de son chant fédérateur, repris en cœur. Le rôle était tenu par nulle autre que la future deuxième épouse de Kubrick. 

L’on relève déjà le soin apporté à la photographie, par l’usage d’un noir et blanc très contrasté aux éclairages et cadrages savants (la tuerie dans le baraquement ennemi) qui trouveront leur pleine expression dans son très réussi film noir, « L’ultime razzia » (1956). La carrière de Kubrick était désormais lancée, le reste n’est que littérature.