"Habemus Papam" : Nanni Moretti visionnaire ?

Par @Culturebox
Publié le 12/02/2013 à 17H58
Michel Piccoli dans "Habemus Papam" de Nanni Moretti.

Michel Piccoli dans "Habemus Papam" de Nanni Moretti.

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Le cinéaste italien Nanni Moretti a reconnu mardi avoir "anticipé la réalité" avec son film sur un pape en proie au doute, "Habemus Papam", sorti deux ans avant la démission annoncée lundi par Benoît XVI.

"Je suis très embarrassé, que devrais-je dire ? C'est vrai qu'au cinéma cela arrive d'anticiper la réalité", a admis le réalisateur dans un entretien au journal "Repubblica".

A propos des similitudes quasi prémonitoires entre certaines scènes de son film et la stupeur provoquée sur la Place Saint-Pierre par l'annonce de Benoît  XVI, Nanni Moretti a souligné que c'était "comme si un geste simple, quelques pas en arrière d'un homme, pouvaient faire s'écrouler Saint Pierre, voire même l'Eglise".

"Je cherchais à raconter l'irruption dans l'Histoire, avec une majuscule,  de la crise vécue par un homme qui n'accepte pas de faire prévaloir son rôle,  aussi sacré et puissant qu'il soit, sur sa propre nature humaine", a expliqué Nanni Moretti. "Si ce n'est pas actuel, tant pis, mais c'est ce que je voulais raconter...et nous y voilà !!".
Dans "Habemus Papam", qui met en scène une crise d'angoisse du cardinal Melville à peine élu pape, "beaucoup s'attendaient à ce que je raconte les candidatures spontanées, les complots, les intrigues pour occuper le trône pontifical", a admis Nanni Moretti.

En réalité, a-t-il dit, "je ne sais pas ce qui se passe au cours d'un conclave (de cardinaux réunis pour élire le pape, ndlr) et je n'ai pas voulu reproduire pour la énième fois les atmosphères et scènes vues dans tant de  films et de téléfilms". "Je voulais raconter mes cardinaux, en proie au doute,  plein d'humanité, de crainte".

Nanni Moretti a reconnu avoir exprimé dans son film "un sentiment ambivalent" : "d'un côté une représentation de ce monde-là de façon plus humaine de la part d'un non croyant, de l'autre une critique contre l'Eglise qui essayait d'être plus profonde qu'un anticléricalisme de façade".

Le réalisateur a relevé d'autres oeuvres prémonitoires comme Palombella Rossa sur les désillusions d'un militant du Parti communiste italien, sorti deux ans avant la chute du Mur de Berlin. "Le sujet tournait déjà autour de la même question : une crise  individuelle, humaine qui révèle l'effondrement d'un monde, d'une institution",  a estimé Nanni Moretti.