Affaire Weinstein : 100 femmes, dont Catherine Deneuve, "défendent une liberté d'importuner"

Par Culturebox @Culturebox
Mis à jour le 09/01/2018 à 12H11, publié le 09/01/2018 à 12H01
Catherine Deneuve au festival de La Baule, où elle a reçu un prix pour l'ensemble de sa carrière, le 11 novembre 2017 

Catherine Deneuve au festival de La Baule, où elle a reçu un prix pour l'ensemble de sa carrière, le 11 novembre 2017 

© Sébastien Salom-Gomis / Sipa

Dans une tribune au Monde, un collectif de 100 femmes - parmi lesquelles figurent l'écrivaine Catherine Millet, l'éditrice Joëlle Losfeld et les actrices Ingrid Caven et Catherine Deneuve - clame son rejet du "puritanisme" surgi avec l’affaire Weinstein et d’un certain féminisme qui exprime une "haine des hommes".

Ce texte prend le contrepied de la vague de libération de la parole des femmes consécutive à l'affaire Harvey Weinstein qui a éclaté cet automne, quand le puissant producteur américain est tombé sous le poids de multiples accusations de harcèlement sexuel et viols.

D'emblée, la tribune parue mardi dans Le Monde tente néanmoins d'éviter toute ambigüité quant à la démarche des signataires : "Le viol est un crime. Mais la drague insistante ou maladroite n’est pas un délit, ni la galanterie une agression machiste."

Le collectif l'affirme, il n'est nullement question de minimiser la "légitime prise de conscience des violences sexuelles exercées sur les femmes, notamment dans le cadre professionnel, où certains hommes abusent de leur pouvoir", car "elle était nécessaire". Mais selon le texte publié dans Le Monde, les choses seraient allées trop loin : "Cette libération de la parole se retourne aujourd’hui en son contraire : on nous intime de parler comme il faut, de taire ce qui fâche, et celles qui refusent de se plier à de telles injonctions sont regardées comme des traîtresses, des complices !"

Un combat assimilé à du "puritanisme"

"Or c’est là le propre du puritanisme que d’emprunter, au nom d’un prétendu bien général, les arguments de la protection des femmes et de leur émancipation pour mieux les enchaîner à un statut d’éternelles victimes, de pauvres petites choses sous l’emprise de phallocrates démons, comme au bon vieux temps de la sorcellerie", poursuit le texte.

Le collectif dénonce avec véhémence les dommages et dérives du #metoo (moi aussi) et du #balancetonporc, hashtags utilisés par de nombreuses femmes sur les réseaux sociaux pour dénoncer des comportements de harcèlement, au travail et ailleurs, dont elles témoignent avoir été victimes.

On peut lire ainsi : "#Metoo a entraîné dans la presse et sur les réseaux sociaux une campagne de délations et de mises en accusation publiques d’individus qui, sans qu’on leur laisse la possibilité ni de répondre ni de se défendre, ont été mis exactement sur le même plan que des agresseurs sexuels. Cette justice expéditive a déjà ses victimes, des hommes sanctionnés dans l’exercice de leur métier, contraints à la démission, etc., alors qu’ils n’ont eu pour seul tort que d’avoir touché un genou, tenté de voler un baiser, parlé de choses «intimes» lors d’un dîner professionnel ou d’avoir envoyé des messages à connotation sexuelle à une femme chez qui l’attirance n’était pas réciproque."

"Vague purificatoire" vs "liberté d'importuner"

Le texte fustige ensuite les implications de cette "vague purificatoire" dans les arts, mettant sur le même plan des événements très différents : "Là, on censure un nu d’Egon Schiele sur une affiche ; ici, on appelle au retrait d’un tableau de Balthus d’un musée au motif qu’il serait une apologie de la pédophilie ; dans la confusion de l’homme et de l’œuvre, on demande l’interdiction de la rétrospective Roman Polanski à la Cinémathèque et on obtient le report de celle consacrée à Jean-Claude Brisseau. Une universitaire juge le film Blow Up, de Michelangelo Antonioni, «misogyne» et «inacceptable». À la lumière de ce révisionnisme, John Ford (La Prisonnière du désert) et même Nicolas Poussin (L’Enlèvement des Sabines) n’en mènent pas large. Déjà, des éditeurs demandent à certaines d’entre nous de rendre nos personnages masculins moins «sexistes», de parler de sexualité et d’amour avec moins de démesure."

Paraphrasant le philospophe Ruwen Ogien qui défendait "une liberté d'offenser indispensable à la création artistique", le collectif plaide enfin pour "une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle. Nous sommes aujourd’hui suffisamment averties", assure-t-il, "pour admettre que la pulsion sexuelle est par nature offensive et sauvage, mais nous sommes aussi suffisamment clairvoyantes pour ne pas confondre drague maladroite et agression sexuelle."

Catherine Deneuve hostile au "déferlement" de #balancetonporc

Le 18 octobre dernier dans le Huffington Post, Catherine Deneuve s'était déjà inquiétée du "déferlement" engendré par #balancetonporc, le jugeant "ignoble pour les femmes qui n'ont que ça pour témoigner (...) Est-ce que c'est intéressant d'en parler comme ça ? Est-ce que ça soulage ? Est-ce que ça apporte quelque chose ? Est-ce que ça va régler le problème d'une certaine façon ?"

Parmi les autres signataires de la tribune, certaines ont déjà tenu des propos ouvertement hostiles aux thèses féministes. Ainsi, comme le rappelle le Huffington Post, la philosophe Peggy Sastre ne cache pas son vœu d'"en finir avec le féminisme", alors qu'Élisabeth Levy, directrice de Causeur, dénonce un "harcèlement féministe" à l'égard des hommes.