"Liberté d'importuner" : Catherine Deneuve s'explique dans Libération

Par @Culturebox
Mis à jour le 15/01/2018 à 10H13, publié le 15/01/2018 à 09H16
Catherine Deneuve en février 2017 à Berlin

Catherine Deneuve en février 2017 à Berlin

© Gregor Fischer / DPA / AFP

Après les nombreuses critiques qui ont accueilli la tribune de 100 femmes dans Le Monde, qui défendait la "liberté d'importuner" et qu'elle a signée, Catherine Deneuve s'explique dans une lettre à Libération : l'actrice assume mais se démarque des propos qu'ont pu tenir d'autres signataires dans les médias. Elle s'excuse auprès des victimes qui auraient pu se sentir agressées par le texte.

Dans une lettre publiée lundi dans Libération, Catherine Deneuve défend son amour de la liberté. "Je n'aime pas cette caractéristique de notre époque où chacun se sent le droit de juger, d'arbitrer, de condamner", écrit-elle, alors qu'elle a été la cible de nombreuses attaques sur les réseaux sociaux pour avoir cosigné avec une centaine de femmes une tribune dans le Monde défendant une "liberté d'importuner". Les signataires s'inquiétaient d'un retour du "puritanisme" après l'affaire Weinstein qui a libéré la parole de nombreuses femmes victimes de viols ou de harcèlement sexuel dans le monde.

Contre les "effets de meute"

L'actrice dénonce les "effets de meute" et "une époque où de simple dénonciations sur réseaux sociaux engendrent punition, démission, et parfois et souvent lynchage médiatique." Tout en n'excusant rien, mais en ne tranchant pas "sur la culpabilité de ces hommes car je ne suis pas qualifiée pour".
 
Catherine Deneuve assume la signature de la tribune au Monde, mais elle se démarque de certaines signataires : "Il me paraît absolument nécessaire aujourd'hui de souligner mon désaccord avec la manière dont certaines pétitionnaires s'octroient individuellement le droit de se répandre dans les médias, dénaturant l'esprit même de ce texte. Dire sur une chaîne de télé qu'on peut jouir lors d'un viol est pire qu'un crachat au visage de toutes celles qui ont subi ce crime", écrit-elle. Elle fait référence, sans la citer, à des propos de Brigitte Lahaie sur BFMTV. "Quand on paraphe un manifeste qui engage d'autres personnes, on se tient, on évite de les embarquer dans sa propre incontinence verbale. C'est indigne", poursuit l'actrice.
 
"Rien dans le texte ne prétend que le harcèlement a du bon, sans quoi je ne l'aurais pas signé", tient-elle à ajouter.

"Les conservateurs de tout poil n'auront ni ma gratitude ni mon amitié"

Catherine Deneuve explique qu'elle a signé ce texte pour une "raison essentielle", le risque de nettoyage dans les arts. "Va-t-on brûler Sade en Pléiade ? Effacer Léonard de Vinci comme un artiste pédophile et effacer ses toiles ?", demande-t-elle.
 
Elle répond à ceux qui lui reprochent de ne pas être féministe, rappelant qu'elle a risqué des poursuites pénales en signant le manifeste des 343 salopes "Je me suis fait avorter", en 1971. Et elle se démarque des "conservateurs, racistes et traditionalistes de tout poil qui ont trouvé stratégique de m'apporter leur soutien" : "Ils n'auront ni ma gratitude ni mon amitié", leur lance celle qui se définit comme une "femme libre" qui entend bien le demeurer.
 
Enfin, Catherine Deneuve présente ses excuses à "toutes les victimes d'actes odieux qui ont pu se sentir agressées" par la tribune parue dans le Monde.

Plusieurs signataires de la tribune saluent le texte de Catherine Deneuve

Les rédactrices de la tribune co-signée par l'actrice, Sarah Chiche, Catherine Millet, Catherine Robbe-Grillet, Peggy Sastre et Abnousse Shalmani, ont salué le texte de Catherine Deneuve, qui "réaffirme la nécessité de préserver la liberté sexuelle et de combattre le lynchage médiatique" et souligne que leur tribune "ne prétend pas que le harcèlement ait du bon".
 
Les explications de Deneuve, attendue ce lundi à Angers au festival "Premiers plans", où elle préside le jury, était guettée après les nombreuses réactions cette semaine.
 
Le Monde a lui aussi justifié ce week-end la publication de la tribune, au nom de la "défense du pluralisme des idées".