Le Liban interdit le dernier film de Steven Spielberg en raison "des liens du cinéaste avec Israël"

Mis à jour le 15/01/2018 à 17H17, publié le 15/01/2018 à 15H59
Le cinéaste américain Steven Spielberg en décembre 2017.

Le cinéaste américain Steven Spielberg en décembre 2017.

© Lars Niki / Getty Images / AFP

Les autorités libanaises ont interdit la diffusion de deux films, notamment "Pentagone Papers (The Post)" du réalisateur américain Steven Spielberg, en accord avec le boycott par Beyrouth de tout produit en lien avec Israël, a-t-on appris lundi. Les deux pays sont toujours officiellement en guerre.

Le cinéaste figure sur une liste noire de la Ligue arabe

M. Spielberg figure sur la liste noire du Bureau central de boycottage de la Ligue arabe, pour avoir donné un million de dollars à Israël pendant la guerre de 2006 entre l'Etat hébreu et le Hezbollah au Liban, a rappelé le responsable de la Sûreté générale libanaise. "The Pentagone Papers (The Post)" a été interdit en raison de cette liste "que le Liban respecte", a-t-il précisé sous le couvert de l'anonymat. La Sûreté générale est chargée de gérer la censure des films, des livres et des pièces de théâtre.

"The Pentagone Papers (The Post)" réunit à l'affiche Meryl Streep et Tom Hanks. Ce film qui doit sortir en France le 24 janvier, revient sur la publication inédite en 1971 par le "Washington Post" de documents confidentiels du Pentagone, exposant les mensonges des Etats-Unis en lien avec la guerre du Vietnam.

 

Le film "Jungle" également visé par la censure

Un autre film, la production australienne "Jungle", a vu sa licence retirée après deux semaines de diffusion dans les salles au Liban, a précisé le responsable. Ce film raconte le périple tragique de l'aventurier israélien Yossi Ghinsberg (incarné par Daniel Radcliffe) égaré dans la forêt amazonienne en Bolivie en 1981.

"Il y a eu des protestations qui nous ont poussés à le retirer des salles pour éviter tout problème", a-t-il indiqué. Le film avait été critiqué il y a quelques jours par un communiqué de la "Campagne pour le boycott des soutiens d'Israël au Liban". Le groupe refuse la diffusion du film car il traite d'un "voyageur israélien" et l'une de ses productrices est israélienne.

Le Liban toujours en guerre avec Israël

Le Liban est officiellement toujours en guerre avec Israël. La guerre de 2006 avait fait près de 1.400 morts dont 1.200 côté libanais. En 1982, Israël avait envahi une partie du Liban qui était alors plongé dans une guerre civile meurtrière (1975-1990).

Les ressortissants libanais n'ont pas le droit de se rendre en Israël, les produits israéliens sont interdits au Liban, et les productions artistiques perçues comme donnant une image positive de l'Etat Hébreu provoquent toujours de houleux débats.

En juin 2017, le Liban avait interdit la diffusion du film américain "Wonder Woman", incarné par l'actrice israélienne Gal Gadot.
 
Plus récemment, en septembre, le réalisateur franco-libanais Ziad Doueiri avait eu des démêlés avec la justice pour des scènes de son film "L'Attentat" tournées en Israël avec des acteurs israéliens.

Polémique au Liban sur le film "Beirut" avant même sa sortie

Un nouveau film américain provoque actuellement la colère des Libanais, et ce avant même sa sortie. "Beirut" raconte l'histoire d'un diplomate américain, appelé en 1982 par la CIA à se rendre dans la capitale libanaise en pleine guerre civile, pour jouer les négociateurs avec un groupe armé.

Sur les réseaux sociaux, de nombreux utilisateurs se sont indignés après avoir vu la bande annonce, critiquant le manque d'authenticité d'un film qui n'a pas été tourné au Liban, avec des acteurs qui n'ont apparemment pas d'accent libanais, et une ville qui ne ressemble en rien à Beyrouth.

Des accusations reprises par le ministre de la Culture Ghattas Khoury, pour qui "il est clair que l'intention de l'oeuvre est de nuire à Beyrouth et à ses habitants". Le film doit sortir aux Etats-Unis le 13 avril, date d'anniversaire du début de la guerre civile libanaise qui a pris fin en 1990.