Cannes 2018 : "Weldi", la tragédie des parents de Sami, parti faire le djihad

Mis à jour le 14/05/2018 à 12H27, publié le 13/05/2018 à 23H34
Une scène de "Weldi, Mon cher enfant" de Mohamed Ben Attia

Une scène de "Weldi, Mon cher enfant" de Mohamed Ben Attia

© Bac Films

La Quinzaine des Réalisateurs 2018 a choisi de projeter "Weldi, mon cher enfant" du cinéaste tunisien Mohamed Ben Attia. Un couple de Tunisiens âgés découvre que leur unique enfant, Sami, a disparu. Sa destination, la Syrie. Le père entreprend d'aller le chercher pour le ramener vivant.

La note Culturebox

4
4/5
Mohamed Ben Attia n'aime pas le titre français de son film, "Mon cher enfant". A ses yeux, il oriente le spectateur vers une lecture trop étroite de son propos. "Weldi" signifie en arabe "Mon fils". Invité à évoquer son film devant le public de la Quinzaine des Réalisateurs, il explique qu'il faut y voir davantage que l'histoire des jeunes qui partent faire le Jihad, davantage que le voyage d'un père à la recherche de son enfant perdu, davantage que l'évocation d'un couple vieillissant voyant disparaître sa seule raison d'être. "Weldi" est pourtant tout cela, mais son propos est bien plus large.
L'affiche en anglais de "Weldi, mon cher enfant"

L'affiche en anglais de "Weldi, mon cher enfant"

© Bac Films

L'incompréhension

Riadh (Mohamed Dhrif) et Nazli (Mouna Mejri) se sont sacrifiés toute leur vie pour permettre à leur fils Sami (Zakaria Ben Ayed) d'aller à l'école. Alors que le père arrive à la retraite et s'apprête à quitter son métier de cariste sur le port de Tunis, le fils révise pour le bac. Il est sujet à des migraines terribles et sa santé devient le souci principal de ses parents. Jusqu'au jour où il disparaît. Les parents n'ont rien vu venir. Un propos qui dépasse le strict cadre des jeunes partant faire le djihad. Il est même universel. Rappelons-nous "She's leaving home" des Beatles en 1967 : "Qu'est ce qu'on a fait de mal ? Nous ne savions pas que c'était mal..." Riadh et Nazli sont comme tous les parents dépassés par le comportement de leurs enfants. Sauf qu'eux doivent faire face au risque mortel qu'a décidé de prendre Sami.
Sami (Zakaria Ben Ayed) dans "Weldi, mon cher enfant"

Sami (Zakaria Ben Ayed) dans "Weldi, mon cher enfant"

© BacFilm

Aucun jugement

Qu'il s'agisse de Sami parti pour la Syrie, de ses parents, des passeurs turcs, Mohamed Ben Attia porte sur tous ses personnages un regard dénué de tout jugement. Il montre ce qui se passe. Il montre le voyage du père, il montre l'essoufflement de la mère, il montre le commerce qui s'est installé autour du passage des djihadistes de Turquie en Syrie. Le propos de Mohamed Ben Attia n'est pas de dénoncer. Il dépassionne et parvient ainsi à concerner chacun. Le spectateur ne regarde pas un reportage d'"Envoyé Spécial" qui lui montre ce que font d'autres gens en d'autres lieux. Le réalisateur lui fait ressentir que ces autres gens en ces autres lieux, vivent la même chose que lui. Seuls changent le contexte et, peut-être, les conséquences. Autre référence alors : ce "Voyage du père" de Denys de la Patellière en 1966 d'après le roman de Bernard Clavel. Un autre père parti à la recherche de sa fille. Un autre contexte, toujours le même regard d'un père sur l'absence de son enfant qu'il n'a pas su comprendre. Un fils au Djihad ou une fille au bordel, les parents perdus à jamais se demanderont jusqu'au bout, "Mais qu'est-ce qu'on a fait de mal ?"
L'équipe de "Weldi, mon cher enfant" à la Quinzaine des Réalisateurs le 13 mai 2018 à Cannes.

L'équipe de "Weldi, mon cher enfant" à la Quinzaine des Réalisateurs le 13 mai 2018 à Cannes.

© Jean-François Lixon

La fiche

Genre : Drame
Pays : Tunisie, Belgique, France
Réalisateur : Mohamed Ben Attia
Acteurs : Imen Cherif, Mouna Mejri, Mohamed Dhrif
Durée : 1h44
Sortie : 21 novembre 2018

Synopsis : Riadh s’apprête à prendre sa retraite de cariste au port de Tunis. Avec Nazli, il forme un couple uni autour de Sami, leur fils unique qui s’apprête à passer le bac. Les migraines répétées de Sami inquiètent ses parents. Au moment où Riadh pense que son fils va mieux, celui-ci disparaît.

Mohamed Dhrif (Riadh) à Cannes le 13 mai 2018

Mohamed Dhrif (Riadh) à Cannes le 13 mai 2018

© Jean-François Lixon