Cannes 2018 : "Petra" de Jaime Rosales, drame dépressif autour de la filiation et de la paternité

Mis à jour le 10/05/2018 à 22H56, publié le 10/05/2018 à 16H45
Barbara Lennie dans "Petra"

Barbara Lennie dans "Petra"

© DR

La quinzaine des Réalisateurs 2018 propose "Petra", film espagnol de Jaime Rosales avec Barbara Lennie et Marisa Paredes. Une trentenaire à la recherche de son père croit l’avoir trouvé en la personne d’un sculpteur célèbre, pervers narcissique et manipulateur. Entre meurtres, suicides et coups de théâtre artificiels, une oeuvre dépressive sauvée par l’interprétation des acteurs principaux.

La note Culturebox

2
2/5
Dans les années 60, Sacha Distel chantait « Scandale dans la famille », une histoire de paternités multiples, sordide si elle n’avait pas été traitée sur le mode humoristique. « Petra », c’est la version noire et sans aucun humour de cette bluette exotique. Petra, 33 ans (Barbara Lennie), n’a pas connu son père et à la mort de sa mère, elle se lance dans une enquête qui semble aboutir. Son géniteur serait un artiste célèbre (Joan Botey), un sculpteur davantage concerné par l’argent que par son art. Sa femme (Marisa Paredes) paraît subir avec légèreté un mariage marqué par les aventures extraconjugales de son mari, et par les siennes aussi avoue-t-elle. Pervers narcissique, l’artiste sème le mal et la mort autour de lui sans ressentir le moindre regret, le moindre remords. Il nie la paternité et Petra fait la connaissance de son fils (Alex Brendemühl).

Tragédie classique

Découpé en actes, le film joue à l’évidence la carte de la tragédie classique. Le destin frappe, et jamais avec légèreté. Suicides, maladies fatales, meurtres… Mais aussi amour, naissance… tout tourne autour des secrets de famille. L’ambiance y est à la fois légère et pesante. L’image est certes économe d’effets spectaculaires, mais la progression dramatique installe une sourde angoisse. Le soleil espagnol qui pèse sur tout le film brûle plus qu’il ne réchauffe. Quand, enfin, se noue le vrai drame à l’occasion de la révélation d’un secret supplémentaire et définitif, l’évidence de ce qui se préparait et que personne n’avait vu venir a provoqué dans la salle cannoise, un éclat de rire libérateur. Le même qu’à la fin de la chanson de Sacha Distel !
Marisa Paredes et Barbara Lennie à La Quinzaine des Réalisateurs le 10 mai 2018

Marisa Paredes et Barbara Lennie à La Quinzaine des Réalisateurs le 10 mai 2018

© Jean-François Lixon

Profondeurs du drame

Tragique et dépressif, "Petra" se perd dans les profondeurs du drame. Sans doute trop. Le film est pourtant sauvé par la qualité de l’interprétation. Barbara Lennie, magnifique et toute en nuances, Marisa Paredes, si adroitement faussement détachée du drame qui se joue, Alex Brendemühl, touchant en fils rejeté et méprisé, Joan Botey, enfin, qui assume sans jubilation le plus mauvais rôle du film, celui de l’artiste vieillissant dans une inhumanité presque débonnaire.
L’affiche de "Petra"

L’affiche de "Petra"

"Je ne suis pas ton père, Petra"

« Je ne suis pas ton père, Petra », pourrait sonner comme « Je suis ton père Luke ». Il ne passera sans doute pas à la même postérité, Jaime Rosales ne permettant jamais à cette histoire de paternité d’atteindre à l’universel. Elle reste strictement l’affaire de ces quelques personnages. Bénéfice de la projection : le spectateur en sort avec le sentiment que ses propres malheurs lui sont finalement bien supportables.

La fiche

Genre : drame psychologique
Réalisateur : Jaime Rosales
Pays :Espagne
Acteurs : Barbara Lennie, Marisa Paredes, Alex Brendemuhl, Joan Botey
1h47
Sortie date inconnue

Synopsis: Petra, jeune artiste peintre, n’a jamais connu son père. Obstinée, la quête de ses origines la mène jusqu'à Jaume Navarro, un plasticien de renommée internationale. Ce dernier accepte de l'accueillir en résidence dans son atelier, perdu dans les environs de Gérone. Petra découvre alors un homme cruel et égocentrique, qui fait régner parmi les siens rancœur et manipulation. Espérant des réponses, la jeune femme consent à se rapprocher de cette famille où dominent les non-dits et la violence. Petra trouvera-t-elle vraiment ce qu'elle est venue chercher ?