Cannes 2018 : "Los Silencios" les fantômes de la guerre civile colombienne

Publié le 12/05/2018 à 12H06
Enrique Díaz et María Paula Tabares Peña dans "Los Silencios

Enrique Díaz et María Paula Tabares Peña dans "Los Silencios

© Pyramide Distribution

La Quinzaine des Réalisateurs a projeté "Los Silencios", un film colombien de Beatriz Seigner. Fuyant les exactions des FARC, des groupes paramilitaires et de l'armée, une mère et ses deux enfants se réfugient à la frontière brésilienne dans un village habité par les fantômes des victimes de la guerre, à commencer par celui du mari et père de famille. Une fable politique intime et émouvante.

La note Culturebox

4
4/5
Ces fantômes ne portent pas de suaires, ils ne sont pas effrayants et ils se mêlent de la vie quotidienne. En résumé, ils occupent la place qui serait normalement la leur si leur pays, la Colombie, n'était pas ravagé par une guerre civile qui leur a volé leurs vies.

Quand elle arrive dans ce village frontalier avec le Brésil, Amparo (Marleyda Soto) est accompagnée de ses deux enfants, Nuria (Maria Paula Tabares Pena) une adolescente d'environ 13 ans, et son frère Fabio (Adolfo Savinvino), qui entre en CM2. On n'y aime pas les déplacés et bien qu'elle compte de la famille dans le village, elle a du mal à y faire sa place, surtout sans argent. Son mari a disparu après avoir protesté contre une injustice et pourtant, il participe à la vie quotidienne.
Bande annonce en espagnol de "Los Silencios"

Ces manifestations de l'au-delà n'ont aucune apparence surnaturelle et ont tout naturellement pris leur place dans la vie quotidienne. Quand un promoteur projette d'exploiter la pauvreté des habitants du village en rachetant leurs terres pour un prix de misère, c'est aux morts que l'on demande leur avis. Mais qui est vivant, et qui est mort ? Les apparences peuvent tromper.

L'image du film est très belle, le récit parfaitement maîtrisé ne joue jamais la carte du mystère. Beatriz Seigner convoque les morts pour leur rendre une place qu'ils n'auraient jamais du perdre. Elle le fait avec tendresse et un brin de malice. La dernière scène, magnifique et révélatrice, introduit chez le spectateur un questionnement qui dépasse le drame des Colombiens.
La réalisatrice Beatriz Seigner (à g.) et son interprète Marleyda Soto à Cannes le 11 mai 2018

La réalisatrice Beatriz Seigner (à g.) et son interprète Marleyda Soto à Cannes le 11 mai 2018

© Jean-François Lixon

Fable politique

Cette fable politique mêlant surnaturel et protestation sociale est portée avec beaucoup de délicatesse par deux femmes, la réalisatrice Beatriz Seigner et la principale interprète, Marleyda Soto. Sur la scène de la Quinzaine des Réalisateurs, la première a dédié le film à toutes les victimes de la guerre civile colombienne, alors que la comédienne a remercié le comité de sélection d'avoir laissé s'exprimer le cinéma latino américain. Entre larmes et sourire, leur détermination à dénoncer le martyre de leur pays a ému la salle entière. 
L'émotion de la réalisatrice et de son interprète à Cannes le 11 mai 2018

L'émotion de la réalisatrice et de son interprète à Cannes le 11 mai 2018

© Jean-François Lixon
L'affiche de Los Silencios

L'affiche de Los Silencios

© DR

La fiche

Genre : Fable politique
Réalisatrice Beatriz Seigner
Pays : Brésil, Colombie, France
Sortie : 2 janvier 2019
Interprètes : Marleyda Soto, Enrique Díaz, María Paula Tabares Peña

Synopsis : Nuria, 12 ans, Fabio, 9 ans, et leur mère Amparo arrivent dans une petite île au milieu de l’Amazonie, à la frontière du Brésil, de la Colombie et du Pérou. Ils ont fui le conflit armé colombien, dans lequel leur père a disparu. Un jour, celui-ci réapparait dans leur nouvelle maison. La famille est hantée par cet étrange secret et découvre que l’île est peuplée de fantômes.