Le 10 mai 1968, le vent de la contestation souffle aussi sur le festival de Cannes

Mis à jour le 05/05/2018 à 11H51, publié le 05/05/2018 à 11H46
Mai 68, la grande salle du Palais est en état de crise

Mai 68, la grande salle du Palais est en état de crise

© HUFFSCHMITT/SIPA

Le 10 mai 1968, alors que Paris se hérisse de barricades, stars et starlettes se pressent au 21e festival de Cannes. Mais le vent de la contestation va franchir les portes du festival comme le montre ce témoignage de l'envoyé spécial de l'AFP Roger Lanteri. Le festival de Cannes 1968 sera une manifestation sans palmarès, le premier festival inachevé.

Les manifestations estudiantines et ouvrières en France avaient, depuis plusieurs jours, créé un malaise chez les cinéastes et critiques du festival qui, disaient-ils, offraient aux étrangers une image fausse de la France par "ses réceptions mondaines et son insouciance". Des cinéastes venus de Paris - François Truffaut, Jean-Luc Godard, Claude Lelouch, Jean-Gabriel Albicocco - créèrent le choc qui accéléra le mouvement de protestation. A l'occasion d'une réunion du comité de défense de la Cinémathèque française, ils proposèrent d'arrêter le festival et d'occuper le palais. Un meeting permanent fut organisé.
Festival de Cannes en mai 1968

Démission du jury et films retirés

Louis Malle décidait de démissionner du jury et était suivi par l'Italienne Monica Vitti, l'Anglais Terence Young et le Polonais Roman Polanski. Le Français Serge Roullet, absent, s'est joint à eux par la suite. Le jury décida de se saborder. Plusieurs cinéastes annonçaient qu'ils retiraient leurs films : Carlos Saura (Espagne), Salvatore Samperi (Italie), Milos Forman (Tchécoslovaquie), Richard Lester (Grande-Bretagne) et les metteurs en scène français Alain Resnais, Dominique Delouche et Claude Lelouch (pour deux films).

A 15H, avec l'arrivée au palais du public payant venu voir le film "Je t'aime, je t'aime" d'Alain Resnais, la situation devint houleuse. Les dirigeants du festival, Marcel Flouret, Robert Favre-Le Bret et Robert Cravenne, déclarèrent que la compétition était annulée en raison de la démission du jury mais que la projection continuait "pour information".

Compétition suspendue mais projection assurée

Les protestataires s'opposèrent à cette proposition et des bousculades se produisirent sur la scène entre partisans et adversaires de la clôture du festival. L'ordre fut donné de commencer la projection du film espagnol de Carlos Saura "Peppermint Frappé" mais les manifestants, accrochés aux rideaux, l'empêchèrent de s'ouvrir.

Un accord est alors intervenu : la compétition cannoise est suspendue mais les films prévus au programme sont projetés sauf opposition de leurs auteurs.