"La danse de la réalité " d'Alejandro Jodorowsky à la Quinzaine des réalisateurs

Par @Culturebox
Mis à jour le 20/05/2013 à 17H35, publié le 19/05/2013 à 14H43
Alejandro Jodorowsky à la Quinzaine des réalisateurs devant un décor de son film "La danse de la réalité"

Alejandro Jodorowsky à la Quinzaine des réalisateurs devant un décor de son film "La danse de la réalité"

© Jean-François Lixon/DR

Le cinéaste français d'origine chilienne Alejandro Jodorowsky présentait en exclusivité mondiale samedi 18 mai 2013 son septième long métrage "La danse de la réalité". Le même jour, la Quinzaine des réalisateurs projetait "Dune de Jodorowsky", documentaire de Frank Pavich consacré à la préparation avortée de l'adaptation du fameux roman de Frank Herbert.

Né chilien en 1929, le cinéaste, acteur, scénariste de BD, romancier, poète et guide spirituel français Alejandro Jodorowsky présente à la Quinzaine des réalisateurs "La danse de la réalité", l'adaptation cinématographique de son autobiographie éponyme. Il ne faut pourtant pas s'attendre à une plate reconstitution de ce que fut son enfance. A son habitude, le réalisateur de "La montagne sacrée" en a fait un long poème onirique où se mélangent des faits réels, la vision qu'a pu en avoir l'enfant qu'il était et la version d'une vie idéale qui n'a jamais existé que dans son imagination. Un film qui a pu se faire grâce à la fidélité du producteur français Michel Seydoux.
Michel Seydoux, le producteur de "La danse de la réalité"

Michel Seydoux, le producteur de "La danse de la réalité"

© Jean-François Lixon
C'est ainsi que, tout au long du film, sa mère ne s'exprime qu'en chantant de l'opéra. Intervenant devant le public de la Quinzaine des Réalisateurs, Jodorowsky explique qu'il offre ainsi à sa mère disparue la carrière lyrique qu'elle n'a jamais connue et qu'elle avait longtemps espérée. De même avec son père qu'il transforme en un héros tentant d'assassiner le dictateur au pouvoir.

Choquer ou jouer des symboles ?
Comme toujours dans l'oeuvre de Jodorowsky, ce septième film comporte des scènes crues qui, coupées du contexte, pourraient choquer. Dire, par exemple, qu'il montre sans rien cacher sa mère urinant sur son père peut paraître extravagant voire pornographique. Le propos devient plus clair quand on sait que dans l'imaginaire de Jodorowsky, elle guérit ainsi l'homme qu'elle aime de la peste qui emporte alors nombre de voisins.

Jodorowsky et Fellini
Fellini avait son "Amarcord", Jodorowsky octogénaire nous donne sa "Danse de la réalité". Les deux films ont d'ailleurs beaucoup en commun à commencer l'onirisme. Il s'agit dans les deux cas du regard d'un vieil homme sur son enfance dans un pays où la politique prenait une grande place du fait de la dictature.

Le dernier Jodorowsky ?
Au bout du compte ce film est sans doute l'ouvre-testament du cinéaste. Il apparaît plusieurs fois dans le film, parlant à la caméra et serrant dans ses bras l'enfant qu'il fut. Il le dit, il faut laisser s'exprimer l'enfant que chacun a été, que c'est la seule manière de vivre une vraie vie d'homme. Le vieil homme a recréé sur l'écran le monde, coloré, violent, extrême du Chili de son enfance ou plutôt de son village (où le film a été tourné) vu à travers ses yeux de petit garçon. Le générique est plein de Jodorowsky, le fils Brontis (qui joue le père, donc son propre grand-père), l'autre fils Adan (qui compose la musique) mais aussi l'épouse au montage et d'autres encore. Toute la famille aide le patriarche de 84 ans à se retourner sur son enfance et retrouver le petit garçon qu'il a été.

https://videos.francetv.fr/video/NI_135051@Culture

Le filtre de la mémoire
A l'image de Boris Vian à qui l'on prête cette phrase, Jodorowsky pourrait ajouter "Tout est vrai puisque je l'ai inventé". Le filtre de la mémoire déforme la réalité, tout comme la tentation de l'améliorer. La vie serait une danse qui ferait tourner la tête, une "Danse de la réalité".

L'avis d'adolescents
La projection cannoise a été suivie par un groupe d'adolescents intéressés par les métiers de l'audiovisuel  venus de Colombes grâce à une association municipale "La maison du cinéma". Voici quelques-unes de leurs impressions.

https://videos.francetv.fr/video/NI_135053@Culture