Cannes 2018 : le réalisateur Asghar Farhadi "exprime son soutien" à Jafar Panahi

Par Culturebox (avec AFP) @Culturebox
Publié le 08/05/2018 à 18H06
Asghar Farhadi soutient son compatriote Jafar Panahi assigné à résidence en Iran.

Asghar Farhadi soutient son compatriote Jafar Panahi assigné à résidence en Iran.

© GERARD JULIEN / AFP

Le réalisateur iranien Asghar Farhadi ("La Séparation", "Le Passé",…) "exprime son soutien" à son compatriote Jafar Panahi, interdit de voyager alors que son film "Three Faces" est en compétition officielle à Cannes. Le cinéaste, qui ouvre la 71e cérémonie avec son film "Everybody Knows" estime que "l'essentiel pour un cinéaste, c'est que son film soit vu".

"Il faut faire tout ce qui est en notre pouvoir pour le soutenir et faire en sorte qu'il puisse venir", a expliqué Asghar Farhadi à propos du cinéaste iranien Jafar Panahi, interdit de voyager et de travailler par les autorités iraniennes.

Malgré tout, le réalisateur, présent en ouverture de la 71e cérémonie de Cannes pour "Everybody Knows" avec Penelope Cruz et Javier Bardem, confie qu’ "il ne faut pas oublier que l'essentiel pour lui et pour un cinéaste, c'est que son film soit vu". Farhadi estime que montrer les films de réalisateurs iraniens sous surveillance est utile pour eux "en tant que cinéastes" même si cela n'a pas forcément d'incidence sur leur "situation personnelle".

"Pas très optimiste" sur la venue de Panahi

Jafar Panahi, l'autre réalisateur iranien en lice cette année pour la Palme d'or avec "Three Faces" ("Trois visages"), ne devrait pas pouvoir venir défendre son film en France. Le film doit être projeté samedi soir en compétition. "Je ne suis pas très optimiste parce que pour l'instant, il n'y a eu aucun signe de détente", a indiqué Asghar Farhadi. Lundi 7 mai, le délégué général du Festival Thierry Frémaux a également reconnu ne pas être très "optimiste" sur sa possible venue.

"Malgré les restrictions, il a continué le travail"

Selon Farhadi, les invitations dans des festivals sont utiles pour les artistes dans la situation de Panahi. "Cela les aide en tant que cinéastes dans leur travail, parce que leurs films sont vus". Cependant, le cinéaste iranien pense que cela dessert leur situation personnelle en Iran.

"Au contraire, cela peut irriter ceux qui font peser sur eux ces restrictions."Par ailleurs, il "se réjouit de voir que malgré les restrictions qui pèsent sur lui et la situation dans laquelle il est placé depuis des années, il ne s'est pas laissé abattre, il n'est pas devenu quelqu'un d'isolé, de déprimé, mais qu'il a continué le travail".

6 ans de prison, 20 ans d’interdiction de réaliser

Jafar Panahi a été condamné en 2011 à six ans de prison et 20 ans d'interdiction de réaliser ou écrire des films, voyager ou s'exprimer dans les médias, pour "propagande contre le régime" après avoir soutenu le mouvement de protestation de 2009 contre la réélection de l'ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad à la présidence de la République islamique.

Détenu pendant deux mois en 2010, il bénéficie d'une liberté conditionnelle, qui peut être révoquée à tout instant. Ce qui ne l'a pas empêché de remporter en 2015 l'Ours d'or du Festival de Berlin pour "Taxi Téhéran", réalisé clandestinement en Iran.

A l'instar du réalisateur Panahi, le cinéaste et metteur en scène Kirill Serebrennikov ne pourra pas lui non plus fouler le tapis rouge et présenter son film "L'été" en compétition officielle. Il est également assigné à résidence depuis 2017.