Cannes 2018 : "Le grand bain", comédie sociale subtile signée Gilles Lellouche

Mis à jour le 19/10/2018 à 16H54, publié le 14/05/2018 à 16H58
De gauche à droite : Alban Ivanov, Jean-Hugues Anglade, Balasingham Tamilchelvan, Philippe Katerine, Benoît Poelvoorde, Mathieu Amlaric, Guillaume Canet, dans "Le Grand Bain" de Gilles Lellouche.

De gauche à droite : Alban Ivanov, Jean-Hugues Anglade, Balasingham Tamilchelvan, Philippe Katerine, Benoît Poelvoorde, Mathieu Amlaric, Guillaume Canet, dans "Le Grand Bain" de Gilles Lellouche.

© Mika Cotellon - TRESOR FILMS – CHI-FOU-MI PRODUCTIONS - COOL INDUSTRIE – STUDIOCANAL - TF1 FILMS PRODUCTION - ARTEMIS PRODUCTIONS

Une poignée d’hommes entre 30 et 50 ans, si peu athlétiques et mal dans leur peau, se lancent le défi de créer une équipe masculine de… natation synchronisée. Idée saugrenue. Et excellent point de départ pour un film loufoque de Gilles Lellouche qui n’est pas qu’une comédie. Avec un casting de rêve : de Philippe Katerine à Virginie Efira, en passant par Marina Foïs et Benoît Poelvoorde.

La note Culturebox

4
4/5
Mais quelle mouche a bien pu piquer Bertrand (Mathieu Amalric, lunaire), la jeune cinquantaine, en dépression depuis deux ans, pour qu’il réponde à une annonce cherchant un nageur pour compléter une équipe de natation synchronisée ? Bertrand n’a ni le physique du rôle, ni l’aptitude.
Pas mieux pour Thierry (Philippe Katerine, hilarant), gros nounours à la petite bedaine qui aimerait tant se faire appeler Titi. Thierry n’a pas d’abdos mais il a la niaque : nager ensemble sous l’eau vaut sûrement mieux que les heures passées seul devant un ordinateur de contrôle en tant que veilleur de nuit dans une entreprise. Simon (Jean-Hugues Anglade, touchant), lui, n’en est pas à un défi – et une déception – près : ce musicien ne sera jamais David Bowie, comme le lui rappelle froidement sa fille, et vit sa liberté dans un camping car.

Un Full Monty à la française

"Le grand bain" offre une galerie de portraits étonnante et riche, et d’une très grande justesse. Comme "The Full Monty", l’excellent film britannique auquel il fait immédiatement penser, "Le Grand Bain" est aussi un film social. Lellouche crée une comédie tout en posant un regard sans fard sur des souffrances somme toute banales : difficultés financières, solitude, souffrance au travail, désordre familial.
"Le Grand Bain" de Gilles Lellouche avec de gauche à droite, Jean-Hugues Anglade, Mathieu Amalric, Guillaume Canet, Benoît Poelvoorde, Philippe Katerine,Balasingham Tamilchelvan, Alban Ivanov

"Le Grand Bain" de Gilles Lellouche avec de gauche à droite, Jean-Hugues Anglade, Mathieu Amalric, Guillaume Canet, Benoît Poelvoorde, Philippe Katerine,Balasingham Tamilchelvan, Alban Ivanov

© Mika Cotellon - TRESOR FILMS – CHI-FOU-MI PRODUCTIONS - COOL INDUSTRIE – STUDIOCANAL - TF1 FILMS PRODUCTION - ARTEMIS PRODUCTIONS
Tous ses personnages ont une faille, accrochez-vous. Que dire du chef d’entreprise surendetté qu’est Marcus (Benoît Poelvoorde, suranné) qui fonce dans le vide à la manière d’un personnage d’Aki Kaurismäki ? De Laurent (Guillaume Canet, troublant), jeune et brillant directeur d’usine, qui fuit sa responsabilité de père pace qu’il est déjà incapable d’assumer la maladie de sa mère ? Ou enfin de leur coach, Delphine (Virginie Efira, hyper-sensible), ancienne championne, abonnée des alcooliques anonymes ? Vous l'aurez compris, cette expérience sportive collective va finir par donner un sens à leur vie...

Interprétation exceptionnelle

Lellouche fait rire parce qu’il associe ces personnages écrits au scalpel (auxquels il faut ajouter les "second" rôles comme celui de la femme de Bertrand, Marina Foïs très crédible) à l’invraisemblable : la natation synchronisée. On imagine facilement un Benoît Poelvoorde ou un Philippe Katerine composer des figures chorégraphiques dans l’eau… Le film finirait par patiner s’il n’y avait pas un coup d’accélérateur au scénario : il est incarné par l’arrivée d’une nouvelle coach… en fauteuil à roulettes ! Amanda (Leila Bekhti, énergique) est décidée à mener la belle équipe à la baguette vers les championnats du monde qui se tiennent en Norvège. Saut de rythme, dynamique relancée. Le film décolle.

Malgré quelques rares passages à vide, ce presque premier film de Gilles Lellouche (après "Narco" réalisé à quatre mains), présenté à Cannes hors compétition, fonctionne dans sa longueur (près de deux heures, ce qui n’est pas rien). La comédie repose bien moins sur la succession des gags (dont certains tombent à plat) que sur la solidité du scénario, un montage rythmé et une excellente interprétation – notamment chorale – des comédiens. Reste une question : mais pourquoi notre bande de messieurs est-elle allée chercher cette discipline-là, la natation synchronisée, habituellement réservée aux femmes, alors qu’aucun d’eux n’a de prédisposition ? Gilles Lellouche n’y répond pas. Et c’est sans doute là, dans ce non-sens assumé, l’une des forces de son histoire.

LA FICHE

Genre : Comédie dramatique
Réalisateur : Gilles Lellouche
Pays : France
Acteurs : Mathieu Amalric, Guillaume Canet, Virginie Efira, Philippe Katerine, Benoit Poelvoorde, Marina Foïs, Jean-Hugues Anglade, Félix Moati, 
Durée : 1h50
Sortie : 24 octobre 2018

Synopsis : C’est dans les couloirs de leur piscine municipale que Bertrand, Marcus, Simon, Laurent, Thierry et les autres s’entraînent sous l’autorité toute relative de Delphine, ancienne gloire des bassins. Ensemble, ils se sentent libres et utiles. Ils vont mettre toute leur énergie dans une discipline jusque-là réservée à la gent féminine : la natation synchronisée. Alors, oui c’est une idée plutôt bizarre, mais ce défi leur permettra de trouver un sens à leur vie...