Cannes 2018 : "BlacKkKlansman" de Spike Lee, le policier noir qui avait infiltré le KKK

Mis à jour le 14/08/2018 à 14H50, publié le 15/05/2018 à 01H21
Adam Driver et John David Washington dans BlacKkKlansman

Adam Driver et John David Washington dans BlacKkKlansman

© Universal Pictures

"BlacKkKlansman", le nouveau film de Spike Lee, a été projeté en compétition à Cannes. 26 ans après son biopic sur la vie de Malcolm X, il adapte le livre de Ron Stallworth. Ce policier noir de Colorado Springs avait pu infiltrer le Ku Klux Klan, permettant d'éviter un attentat contre les militants des droits civiques. Une grande réussite au suspense teinté d'humour. Du grand Spike Lee.

La note Culturebox

5
5/5
"BlacKkKlansman" n'arrive pas par hasard. Il est la réponse de Spike Lee au renouveau des suprémacistes blancs depuis l'accession à la présidence de Donald Trump. Le film se termine sur des images de l'attentat du 12 août 2017 à Charlottesville. Ce jour là, une voiture avait foncé sur les contre-manifestants qui protestaient contre un rassemblement de néo-nazis américains. Une jeune femme avait été tuée, le film se referme sur son visage. Toujours engagé dans la lutte pour l'égalité de traitement des afro-américains, Spike Lee a entrecoupé cette fin d'un discours du président américain qui renvoyait dos à dos les suprémacistes et les contre manifestants.
Bande annonce en version originale de "BlacKkKlansman"


Ron Stallworth

L'histoire du film se situe bien des années plus tôt, au tout début de la décennie 70. Elle est véridique et inspirée du livre de Ron Stallworth. Interprété par John David Washington (le fils de Denzel qui fut Malcolm X avec Spike Lee en 1992), ce policier noir a réussi à infiltrer le Ku Klux Klan. Le film raconte comment, à l'aide d'un  audacieux stratagème, il a pu tromper jusqu'au "Grand Sorcier" de l'organisation, David Duke. Stallworth, est parvenu à éviter un bain de sang lors d'une tentative d'attentat du KKK contre une réunion des étudiants qui militaient en faveur des droits civiques.
Topher Grace dans "BlacKKKsland Man" de Spike Lee

Topher Grace dans "BlacKKKsland Man" de Spike Lee

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Tension et humour

Spike Lee a l'intelligence de ne pas livrer un réquisitoire. Il propose un thriller à l'atmosphère souvent très tendue mais dont, comme toujours avec ce cinéaste, l'humour n'est jamais absent. Il sert même de soupape quand la tension est trop forte. Lee rend à merveille l'ambiance de ces années de très fort militantisme sans jamais donner l'impression d'une reconstitution.

Stokely Carmichael

Par petites touches, Spike Lee rappelle que les Etats-Unis sont toujours empêtrés dans une guerre du Vietnam de moins en moins soutenue par le peuple américain, et notamment par les Noirs placés aux avant postes. Ils risquaient beaucoup plus d'être tués que les autres soldats engagés dans le conflit.

En 1972, Malcolm X est mort depuis plus de 7 ans, mais l'influence des Black Panthers est toujours là. C'est l'autre activiste, Stokely Carmichael (alors l'époux de Miriam Makeba) qui anime l'agitation étudiante. On le voit d'ailleurs tenir avec passion un meeting auquel assiste Ron Stallworth. Toutes les femmes portent la coupe afro et ressemblent à Angela Davis. On le perçoit bien dans le film, pour tous ces étudiants, être jeune et noir aux Etats-Unis à cette époque sans être militant est inconcevable.
David Washington et Laura Harrier dans "BlacKKKsland Man" de Spike Lee

David Washington et Laura Harrier dans "BlacKKKsland Man" de Spike Lee

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Allusions transparentes

Les allusions à l'Amérique d'aujourd'hui sont transparentes. Les slogans comme "Make America Great Again" sont clamés par les suprémacistes blancs des années 70 et par leurs descendants d'aujourd'hui. Ce sont les mêmes. Lee ne les représentent pas tous comme des excités ou des demeurés. Sans l'affaiblir, Il nuance son propos à leur égard, les plus dangereux n'étant évidemment pas les plus bas du front. 

Film d'action proche du buddy movie

En s'appuyant comme toujours sur une bande musicale d'exception, Spike Lee ne sacrifie jamais l'intérêt du thriller à celui du pamphlet. Il réussit à proposer un vrai film d'action, parfois proche du buddy-movie, mais un film d'action qui suscite la réflexion. Rien n'est jamais acquis, semble-t-il dire. Mais entre les années 70 et 2018, entre l'époque de Nixon et celle de Trump, il fait semblant d'oublier qu'un président s'est appelé Obama. Comme si son héritage avait déjà été dilapidé par son successeur.

La fiche

Genre : Thriller politique
Réalisateur : Spike Lee
Interprètes :John David Washington, Adam Driver, Laura Harrier
Pays : Etats-Unis
Durée : 2h08
Sortie : 22 août 2018
Synopsis : Au début des années 70, au plus fort de la lutte pour les droits civiques, plusieurs émeutes raciales éclatent dans les grandes villes des États-Unis. Ron Stallworth devient le premier officier Noir américain du Colorado Springs Police Department, mais son arrivée est accueillie avec scepticisme, voire avec une franche hostilité, par les agents les moins gradés du commissariat. Prenant son courage à deux mains, Stallworth va tenter de faire bouger les lignes et, peut-être, de laisser une trace dans l'histoire. Il se fixe alors une mission des plus périlleuses : infiltrer le Ku Klux Klan pour en dénoncer les exactions.