Cannes 2018 : "Les Eternels", éminent thriller socio-sentimental de Jia Zhang-Ke

Par @Culturebox
Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Publié le 12/05/2018 à 13H06
Zhao Tao dans "Les Eternels" de Jia Zhang-ke

Zhao Tao dans "Les Eternels" de Jia Zhang-ke

© Ad Vitam

Jia Zhang-Ke, Prix du scénario à Cannes en 2013 avec "A Touch of Sin", méritait bien plus que cela, étant un des meilleurs films de cette édition. Pour la cinquième fois en compétition, avec "Les Eternels", Jia Zhang-Ke mélange film de pègre, romance et thématique sociale. On y retrouve donc ses sujets de prédilection avec un art du récit et de la mise en scène qui font encore mouche.

La note Culturebox

4
4/5

Pureté sacrificielle

Belle continuité que cette présence à Cannes, où Jia Zhang-Ke est également venu dans la section Un certain regard avec "I Wish I Knew, histoires de Shanghai" (2010). Dans "Les Eternels", Jia Zhang-Ke narre la passion entre un petit mafieux d’une province nordique de la Chine avec une jeune femme qui va se retrouver en prison. Elle le retrouve cinq ans plus tard, alors qu’il a décroché de son milieu et qu’elle y est resté attachée.
"Les Eternels" : extrait
Le titre original des "Eternels", "Ash is Purest White", signifie "les cendres sont de la plus pure blancheur". Il se réfère à ce que confie Qiao (formidable Zhao Tao) à son amant Bin (Fan Liao) devant un volcan, pour lui signifier son amour absolu, en évoquant les cendres de la lave qui, à très haute température, deviennent blanches. Qiao aime son homme et le milieu dans lequel il évolue, où elle est intronisée et de plus en plus respectée. Tous deux sont issus de la classe la plus pauvre, fils et fille de mineurs, alors que le puits ferme. Lui, petit mafieux, est sur le point de prendre le relais de son parrain. Mais d’autres gangs veulent prendre le pouvoir et, victime d’une attaque violente, Qiao lui sauve la vie, puis, pour cela, se retrouve en prison.

Désillusion

Une des forces des "Eternels" est d’installer avec acuité ce contexte local, très pittoresque, sans exotisme. Une cité grise, des bouges lépreux, entourés d’une nature apaisante dominée par un volcan majestueux. Le paysage devient symbolique : en bas la fange, en haut une vie meilleure. Tout ce à quoi aspirent Qiao et Bin. Le sort en décidera autrement. Si Jia Zhang-Ke dépeint parfaitement le milieu et le cadre, il filme avant tout un portrait de femme, une histoire de femme. Une femme droite, entière, fidèle à elle-même confrontée à une trahison et à des hommes pleutres, enfantins, immatures.
"Les Eternels" : extrait 2
L’attachement au lieu d’origine imprègne le film de nostalgie, à laquelle ne résiste pas Qiao qui convaincra Bin d’y revenir. Mais il a changé. Sa tentative de se sortir du milieu, après une brève réussite, échoue, et tous deux reviennent au point de départ. Pour le bonheur de Qiao qui a pris le pouvoir, alors que Bin a perdu son aura. Diminué physiquement et moralement, Bin n’y résistera pas, l’amour s’est délité, sa réussite est à néant et Qiao se désillusionne. Elle, est restée fidèle, entière, elle a évolué, malgré la prison sacrificielle. "Les Eternels" est avant tout une leçon de vie qui ne finit pas forcément bien...  Tragique.
Zhao Tao et Fan Liao dans "Les Eternels" de Jia Zhang-ke

Zhao Tao et Fan Liao dans "Les Eternels" de Jia Zhang-ke

© Ad Vitam

LA FICHE

Genre : Drame
Réalisateur : Jia Zhang-Ke  
Pays : Chine / France / Japon
Acteurs : Zhao Tao, Fan Liao, Feng Xiaogang
Durée : 2h30
Sortie : 26 décembre 2018

Synopsis : En 2001, la jeune Qiao est amoureuse de Bin, petit chef de la pègre locale de Datong. Alors que Bin est attaqué par une bande rivale, Qiao prend sa défense et tire plusieurs coups de feu. Elle est condamnée à cinq ans de prison. A sa sortie, Qiao part à la recherche de Bin et tente de renouer avec lui.  Mais il refuse de la suivre. Dix ans plus tard, à Datong, Qiao est célibataire, elle a réussi sa vie en restant fidèle aux valeurs de la pègre. Bin, usé par les épreuves, revient pour retrouver Qiao, la seule personne qu’il ait jamais aimée…