Cannes 2018 : "Le Poirier sauvage" de Nuri Bilge Ceylan, beau mais très bavard

Publié le 19/05/2018 à 18H26
"Le Poirier sauvage" de Nuri Bilge Ceylan

"Le Poirier sauvage" de Nuri Bilge Ceylan

© Nuri Bilge Ceylan films

Avec sa Palme pour "Winter Sleep" en 2014, son Grand prix en 2011 pour "Il était une fois en Anatolie", et en 2003 pour "Uzac", sa sélection en 2008 avec "Les trois singes" et en 2006 pour "Les Climats", puis son Carrosse d’Or en 2012, le Turc Nuri Bilge Ceylan a son rond de serviette à Cannes. Son nouveau film, "Le Poirier sauvage", concourt pour une seconde Palme d’or, avec des réserves.

La note Culturebox

3
3/5

Deux plans de réalité

La portée romanesque et dramaturgique du cinéma de Nuri Bilge Ceylan, liée à un soin atmosphérique apporté à l’image, marquent la patte du réalisateur turc. La traduction des sentiments amoureux ("Les Climats") ou familiaux ("Winter Sleep"), aux réminiscences tchekhoviennes, sont d’autres constances. À ce titre, le cinéaste est particulièrement apprécié par l’ancien président du Festival de Cannes Gilles Jacob et de nombreux cinéphiles.
"Le Poirier sauvage" : la montée des marches
Dans "Le Poirier sauvage", la référence littéraire domine avec l’histoire d’un féru de littérature, de retour au pays natal, confronté à un père dont les affres l’empêchent de réaliser son rêve d’être publié. De retour dans sa petite ville, Sinan (Ahmet Rıfat) retrouve de vieilles connaissances, s’entretient avec elles de l’amour, la création littéraire et artistique, la philosophie, la religion… Parallèlement, il s’oppose à un père respecté, à l’esprit libre, qu’il rejette, tout comme son milieu aux antipodes de ses ambitions démesurées.

Egotisme

Ces rencontres et dialogues avec une jeune femme qui aurait pu être son amante, un écrivain régionaliste reconnu, un intellectuel et deux imams qu’il fréquentait avant leur sacerdoce et son départ pour suivre ses études, constituent le noyau dur du film. De très longs échanges qui prennent la majeure partie de sa durée, passés autour d’une table, ou lors de marches plus ou moins prolongées. Si l’on fatigue un peu à les suivre, le premier dialogue, consacré à l’amour, est d’une très grande beauté, tant dans sa mise en image que son contenu.
"Le Poirier sauvage" de Nuri Bilge Ceylan

"Le Poirier sauvage" de Nuri Bilge Ceylan

© Nuri Bilge Ceylan films
Le rapport au père et à la famille constitue l’autre pendant du film, comme son fil rouge. Dans l’un comme dans l’autre, Sinan apparaît d’une assurance infaillible, atteignant jusqu’à l’égotisme. Ce qui aboutit à un personnage peu empathique qui se fâche à chaque conversation avec tout le monde, ou provoque l’ire de ses interlocuteurs. L’épilogue renverse la vapeur, Sinan prenant en pleine face une leçon de vie. Toujours à la tête d’une mise en scène contemplative et concordante à son propos, Nuri Bilge Ceylan verse dans l’intellectualisme avec plus ou moins de bonheur, mais parvient tout de même à garder l’émotion.
"Le Poirier sauvage" : l'affiche

"Le Poirier sauvage" : l'affiche

© Memento Films Distribution

LA FICHE

Genre : Drame
Réalisateur : Nuri Bilge Ceylan 
Pays : Turquie / France / Allemagne / Bukgarie / Macédoine / Bosnie / Suède
Acteurs : Ahmet Rıfat Sungar, Murat Cemcir, Hazar Ergüçlü
Durée : 3h08
Sortie : 15 août 2018

Synopsis : Passionné de littérature, Sinan a toujours voulu être écrivain. De retour dans son village natal d’Anatolie, il met toute son énergie à trouver l’argent nécessaire pour être publié, mais les dettes de son père finissent par le rattraper…