Cannes 2018 : Golshifteh Farahani éblouit dans "Les filles du soleil" d’Eva Husson sur les combattantes kurdes

Par @Culturebox
Mis à jour le 13/05/2018 à 16H43, publié le 13/05/2018 à 16H03
Golshifteh Farahani dans "Les Filles du soleil" d'Eva Husson

Golshifteh Farahani dans "Les Filles du soleil" d'Eva Husson

© Wild Bunch Distribution

C’est un des trois seuls films réalisés par des femmes dans la compétition officielle : "Les filles du soleil" d’Eva Husson nous a ravis. La cinéaste allie un récit de guerre beau et original et un portrait passionné de combattante kurde, porté par la rayonnante Golshifteh Farahani qui crève l’écran.

La note Culturebox

3
3/5
Novembre 2015 : quelque part au Kurdistan irakien, dans les montagnes du Sinjar, dans un camp de la résistance kurde à Daech. Une femme, en tenue militaire locale, foulard coloré sur les cheveux, tient tête à son supérieur, le commandant responsable des opérations. Lui prône l’attente des frappes américaines. Elle voudrait qu’on aille au plus tôt reprendre la ville de Gordyene, sa ville. Elle finira par obtenir gain de cause. De son visage, malgré le regard sombre et malgré la poussière, de son port, altier, de sa rage, se dégagent un charisme immédiat. Qui est la "camarade" Bahar ? Celle dont on dit : "elle, elle est différente" : d’où vient son aura ?

Flashbacks

"Les filles du soleil" d’Eva Husson nous mène à la rencontre de cette combattante, sorte de commandant Massoud en devenir, au féminin, superbe Golshifteh Farahani qui sied parfaitement au personnage, par sa puissance et sa fragilité liées. Une reporter de guerre, venue de France pour couvrir la lutte de ces femmes kurdes contre les hommes en noir, est notre intermédiaire. Mathilde (Emmanuelle Bercot) sait l’écouter. D’autant qu’elle partage avec elle la douleur du deuil et de la séparation.

Eva Husson mène de pair le portrait de l’héroïne et le récit de guerre (la prise de Gordyene), indissociables, en construisant son film par flashbacks successifs. Pas juste des souvenirs, mais des paliers indispensables à la compréhension du personnage. Une manière subtile et le plus souvent pudique pour montrer ce qui est à l’origine du combat de ces femmes yézidies : le massacre de civils auquel elles ont assisté, les exactions subies, la captivité et l’esclavage sexuel. La carapace qu'ont dû se forger ces combattantes, la foi dans leur mission de liberté, la rage de combattre qu'Eva Husson a résumées en une chanson, "La femme, la vie, la liberté", viennent de là. A l’économie, par quelques suggestions, la réalisatrice parvient à rendre compte de l’horreur : une mare de sang dit l’indicible destruction du viol. 

Reportage à Cannes autour de "Les filles du soleil" par Nathalie Hayter pour France 3

https://videos.francetv.fr/video/NI_1234241@Culture


En suspension
Mais la tension narrative reste intense. L’une des scènes les plus poignantes du film raconte l’évasion de Bahar – avant qu’elle ne devienne soldat – et des autres femmes et enfants, de la maison où ils étaient en captivité. Comme dans un film d’espionnage, la tension est à son comble : la délicate préparation de l’évasion, le suspens de l’attente, le récit des derniers mètres à parcourir avant de rejoindre la frontière, synonyme de liberté. Sans oublier cette belle image, presque en suspension, des évadées endossant, toutes en même temps, un niqab pour passer inaperçues. Magique.
Emmanuelle Bercot et Goshifteh Farahani dans "Les filles du soleil". 

Emmanuelle Bercot et Goshifteh Farahani dans "Les filles du soleil". 

© Wild Bunch
"Les filles du soleil" est - en partie – un film de guerre, mais qui ne prétend pas au réalisme documentaire ou historique, même s'il est le fruit d'une longue recherche sur le terrain et a été tourné en kurde, arabe, français et anglais. Non, au contraire, il propose une subjectivité de regards parfaitement assumée. Sans arriver à l’originalité d’un "Non ou la vaine gloire de commander" de Manoel De Oliveira sur la guerre d’Angola, "Les filles du soleil" est une œuvre très personnelle, à la mise en scène assez inhabituelle pour le genre.

Des pauses

Eva Husson alterne habilement le récit linéaire et haletant des combats (voir la très belle scène de la prise de l’école) avec des sortes de pauses (à la manière d’un Terence Malick), en traveling ou en plan fixe, sur un paysage, sur une explosion, sur le front d’une victime. Une proposition cinématographique indissociable d’un usage très (trop ?) important de la musique : une bande son "originale" dans tous les sens du terme, entre musique contemporaine, électro et jazz, offerte le plus souvent en décalage avec l’image filmée.

LA FICHE

Genre : Drame
Réalisateur : Eva Husson 
Acteurs : Golshifteh Farahani, Emmanuelle Bercot, Zübeyde Bulut
Durée : 1h55
Sortie : 21 novembre 2018

Synopsis : Au Kurdistan, Bahar, commandante du bataillon Les Filles du Soleil, se prépare à libérer sa ville des mains des hommes en noir, avec l’espoir de retrouver son fils. Une journaliste française, Mathilde, vient couvrir l’offensive et témoigner de l’histoire de ces guerrières d’exception. Depuis que leur vie a basculé, toutes se battent pour la même cause : la femme, la vie, la liberté.