Cannes 2018 : avec "En guerre", Vincent Lindon et Stéphane Brizé hauts et forts

Mis à jour le 15/05/2018 à 15H57, publié le 15/05/2018 à 13H20
Vincent Lindon dans "En guerre" de Stéphane Brizé

Vincent Lindon dans "En guerre" de Stéphane Brizé

© Nord Ouest Films

Le tandem Stéphane Brizé, réalisateur, et Vincent Lindon, acteur, avait parfaitement fonctionné dans "La Loi du marché" en 2015 à Cannes, où le prix d’interprétation était revenu au comédien. C’est encore du social que traite "En guerre", avec un conflit dans une usine sur le point d’être délocalisée. Son film a impressionné l’audience, tant le sujet se prête à une dramaturgie à couper le souffle.

La note Culturebox

5
5/5

Manipulation

C’est la seconde fois que Stéphane Brizé se retrouve en compétition à Cannes après "La Loi du marché" qui lui a valu beaucoup d’éloges. Tout comme ce fut le cas pour la prestation des plus justes de Vincent Lindon, prix d’interprétation 2015. Dans "En guerre", tous deux poussent le bouchon plus loin en se projetant au cœur de la lutte d’ouvriers qui occupent leur usine menacée de fermeture. Vincent Lindon y interprète un leader syndical pugnace, confronté à ses patrons, mais aussi à d’autres représentants syndicaux. Jusqu’à ce que des dissensions manipulées par les dirigeants gangrènent le mouvement.
"En guerre" : la bande annonce
L’impact de "En guerre" émane d’un script et de dialogues extrêmement écrits et d’une mise en scène impressionnante, donnant le sentiment que tout ce qui est à l’écran a été pris sur le vif, comme improvisé. Tel un reportage. Dès la première scène, Stéphane Brizé entre dans le vif du sujet en prenant en cours une négociation entre les représentants syndicaux et les cadres de cette usine de pièces détachées automobile, dont la maison-mère est en Allemagne. Du côté des ouvriers et employés, Laurent Amédéo (Vincent Lindon) mène le jeu. Il martèle les bénéfices record de l’usine Perrin, les promesses non tenues de la direction, les efforts consentis par le personnel et le mutisme de la direction allemande. On lui rétorque concurrence, coût de la main d’œuvre, mondialisation.

Dramaturgie

Le fossé est immense entre les sacrifices consentis par les personnels pour sauver leur usine et les objectifs strictement financiers de la direction, mettant non seulement en péril des hommes et des femmes, mais tout un bassin industriel. Si un tel sujet semble connu de tout un chacun, avec les nombreux conflits sociaux qu’égrainent les informations au jour le jour, et dont Brizé s’est inspiré, c’est la dramaturgie qu’en tire le cinéaste qui scotche le spectateur. Parvenir à tenir en haleine, en insufflant du suspense, de l’émotion à fleur de peau, avec des personnages puissants et consistants sur une grève ouvrière relève de la performance.
Vincent Lindon dans "En guerre" de Stéphane Brizé

Vincent Lindon dans "En guerre" de Stéphane Brizé

© Nord Ouest Films
Après "La Loi du marché", Stéphane Brizé et Vincent Lindon creusent une thématique qui leur tient visiblement à cœur. Le public et la critique avait suivi en 2015, espérons que cela sera encore le cas avec "En guerre". Vincent Lindon fait une composition exceptionnelle et, pour le moment, le seul obstacle qui pourrait l’empêcher de décrocher le prix d’interprétation est qu’il l’a déjà obtenu il y a trois ans. Il est entouré d’acteurs et d’actrices non professionnels, eux-mêmes meurtris par des circonstances semblables à celles du film. Ils apportent une véracité incarnée, sans jamais aller au détriment de la fiction. Il serait étonnant qu'"En guerre" reparte bredouille du palmarès attendu samedi soir.
"En Guerre" : l'affiche

"En Guerre" : l'affiche

© Diaphana distribution

LA FICHE

Genre : Drame
Réalisateur : Stéphane Brizé
Pays : France
Acteurs :  Vincent Lindon, Mélanie Rover, Jacques Borderie
Durée : 1h53
Sortie : 16 mai 2018

Synopsis : Malgré de lourds sacrifices financiers de la part des salariés et un bénéfice record de leur entreprise, la direction de l’usine Perrin Industrie décide néanmoins la fermeture totale du site. Accord bafoué, promesses non respectées, les 1100 salariés, emmenés par leur porte‑parole Laurent Amédéo, refusent cette décision brutale et vont tout tenter pour sauver leur emploi.