Cannes 2018 : "Asako", le film en trop de la compétition officielle

Par @Culturebox
Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 18/05/2018 à 17H36, publié le 16/05/2018 à 17H03
Erika Karata et Masahiro Higashide dans "Asako" de Ryusuke Hamaguchi

Erika Karata et Masahiro Higashide dans "Asako" de Ryusuke Hamaguchi

© Art House

Premier film, donc en lice pour la Caméra d’or, "Asako" ouvre les portes de Cannes au réalisateur japonais Ryūsuke Hamaguchi, dont la série "Senses" est actuellement diffusée en salles. On se demande toutefois pourquoi son long métrage se retrouve en compétition, tant ce film sentimental est de prime abord convenu. Le film a touché une partie de la critique, l'autre pas. Clivant.

La note Culturebox

2
2/5

Le revenant

Le sujet d’"Asako" est pourtant intéressant sur le papier. Il voit une jeune femme perdre son premier amour, Baku, du jour au lendemain sans raison particulière. Elle rencontre deux ans plus tard son sosie, Ryohé, doté d’une personnalité opposée, avec lequel elle compte faire sa vie. Jusqu’au jour où Baku, devenu une star, réapparaît…
"Asako" : le trailer
Cette disparition énigmatique, et la rencontre après une longue période d’absence avec son avatar, pourrait faire penser aux films de fantômes de Kiyoshi Kurosawa, comme "Avant que nous disparaissions", où un époux s’éclipse soudainement et revient quelques temps plus tard, complètement transformé. L’on pense également à "Harmonium" de Kuji Fukada, où il est encore question du retour d’un homme après une longue absence, dont la nature pourrait être spectrale.

Les fantômes au Japon, font partie de la vie culturelle, et au-delà, du quotidien. Les ambiguïtés à leur propos chez Kurosawa et Fukada en sont le reflet, et peuvent être interprétées de la sorte dans "Asako", mais moins intensément.

Roman-photo

Le retour de Baku dans la vie de la jeune femme peut également être interprété comme la manifestation d’un spectre. D’autant que comme pour les "revenants" d’"Avant que nous disparaissions" et d’"Harmonium", il revêt à son retour une personnalité différente. Ces spectres, au propre ou au figuré, témoignent de la hantise persistante d’êtres chers disparus, morts, ou momentanément éclipsés. Leur changement constaté reflète la vision nouvelle, de celui ou celle qui les appréhende après l’absence.
Masahiro Higashide et Erika Karatadans "Asako" de Ryusuke Hamaguchi

Masahiro Higashide et Erika Karatadans "Asako" de Ryusuke Hamaguchi

© Art House
Mais cette lecture d’"Asako" est moins probante que chez Kurosawa et Fukada, dans ce qu’elle a de plus sentimentale, au premier degré. L’écriture évoque plus un roman-photo basique qu’un trouble psychologique complexe, dont la présence du "revenant" serait la manifestation. Produit par la chaîne de télévision HBO, "Asako" ne brille pas non plus par sa mise en images, aux plans moyens dominants, comme pour s'ajuster au format télévisuel. Ajouté à cela son manque d’ambiguïté, alors que le sujet s’y prêtait, "Asako" reste à la surface des choses.
"Asako" : l'affiche japonaise

"Asako" : l'affiche japonaise

© Art House

LA FICHE

Genre : Drame
Réalisateur : Ryusuke Hamaguchi   
Pays : Japon
Acteurs : Masahiro Higashide, Erika Karata, Koji Seto
Durée : 1h59
Sortie : prochainement

Synopsis : Lorsque son premier grand amour disparaît, Asako est désemparée. Deux ans plus tard, elle rencontre son double parfait. Troublée par cette étrange ressemblance, elle se laisse séduire mais découvre peu à peu un jeune homme avec une toute autre personnalité.