Cannes 2018 : Wang Bing, défenseur des oubliés de l'histoire chinoise

Par @Culturebox
Mis à jour le 09/05/2018 à 16H46, publié le 09/05/2018 à 16H43
Le réalisateur chinois Wang Bing lors d'une séance photo à Paris en 2017

Le réalisateur chinois Wang Bing lors d'une séance photo à Paris en 2017

© STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Le réalisateur chinois, figure de proue du documentaire social, vient présenter mercredi 9 mai son nouveau long-métrage, "Les Âmes mortes". Un film de huit heures, présenté hors compétition, qui donne la parole aux rescapés d'un camp de travail pour prisonniers politiques.

Son cinéma est absent des écrans chinois. Et pour cause : de film en film, Wang Bing s'intéresse aux laissés-pour-compte du miracle économique de son pays, condamnés à vivoter aux marges de la société, qu'ils soient ouvriers en déshérence, enfants livrés à eux-mêmes, ou victimes oubliées des camps maoïstes.

"Les Âmes mortes", film-marathon de huit heures au titre emprunté au romancier russe Nicolas Gogol, se distingue cette année à Cannes par son exceptionnelle longueur, mais sa durée n'a rien d'inhabituel pour le réalisateur chinois. 
Bande-annonce des "Âmes mortes" (2018) de Wang Bing
Le documentaire raconte l'horreur du camp de travail Jiabangou, transformé en charnier, et le sort des rescapés, dont les souffrances encore vives évoquent les cicatrices de la société chinoise tout entière. "On a tous autour de nous, au quotidien, des gens aux vies difficiles. Ils glissent sans qu'on leur prête attention", déclarait Wang Bing. "La différence, c'est qu'à l'écran on s'arrête sur leurs problèmes".

Un triptyque comme "travail de mémoire"

Ce nouveau documentaire vient compléter deux précédents films que Wang Bing qualifie de "travail de mémoire". En 2007, "Fengming" était un documentaire atypique constitué d'un unique plan de trois heures: une vieille dame y déroule face caméra le fil de sa vie, les campagnes anti-droitières des années 1950 et l'enfermement de son mari dans un camp de "rééducation par le travail".

Hanté par cette page cruelle de l'édification du socialisme, Wang Bing y revient avec "Le Fossé" (2010), sa toute première fiction, basée sur une centaine de témoignages. Tourné sans autorisation officielle, il décrit le même camp de Jiabangou où 1.500 prisonniers politiques "anti-droitiers" sont décimés en 1960 par la famine. À peine 300 ont survécu.

Rendre compte des bouleversements sociaux

Wang Bing s'est fait connaître en 2003 dès sa première oeuvre, un documentaire-fleuve de neuf heures dépeignant l'existence d'ouvriers privés de travail après la fermeture d'usines étatiques: "A l'Ouest des rails". Dans l'hiver glacé du nord-est de la Chine, l'artiste filmait la lente agonie d'un complexe industriel autrefois florissant, devenu le symbole de l'effondrement d'un système obsolète.
"À l'ouest des rails" (2004) de Wang Bing

"À l'ouest des rails" (2004) de Wang Bing

© AD VITAM
"Wang Bing a une telle pudeur et un tel respect que les gens se sentent libres face à lui" ,estime la sinologue Luisa Prudentino. Une proximité qui donne à l'oeuvre du réalisateur chinois une sincérité inimitable.