Cannes 2018 : Lars von Trier, l'art de la polémique

Par @Culturebox
Mis à jour le 15/05/2018 à 18H19, publié le 15/05/2018 à 18H12
Lars von Trier avait fait polémique en montrant son tatouage au sens explicite avant la projection de "Melancholia" à Cannes en 2011

Lars von Trier avait fait polémique en montrant son tatouage au sens explicite avant la projection de "Melancholia" à Cannes en 2011

© FRANCOIS GUILLOT / AFP

Pour son retour à Cannes après sept années d'absence, le réalisateur danois n'a pas manqué de faire parler de lui. Son nouveau film, "The House that Jack built", présenté hors-compétition, a provoqué de nombreuses sorties de salles au milieu de la projection. Retour sur les scandales d'un cinéaste clivant et provocateur.

2009
"Antichrist" divise le Festival
Avec "Antichrist", le réalisateur, habituellement très populaire à Cannes, divise le public et le jury du Festival pour la première fois. Certaines scènes très graphiques où se côtoient sexe et mutilations choquent profondément les spectateurs.
Malgré la polémique, Charlotte Gainsbourg avait reçu le Prix d'interprétation féminine pour son rôle dans "Antichrist".

Malgré la polémique, Charlotte Gainsbourg avait reçu le Prix d'interprétation féminine pour son rôle dans "Antichrist".

© ZENTROPA ENTERTAINMENTS / ZENTRO / COLLECTION CHRISTOPHEL
Accusé d'avoir réalisé une œuvre ouvertement misogyne, Lars von trier refuse de s'expliquer en conférence de presse et déclare : "C'est vraiment étrange que j'ai à me justifier (...) Je suis le meilleur réalisateur au monde." Charlotte Gainsbourg recevra tout de même le Prix d'interprétation féminine pour sa prestation.
2011
La conférence de presse désastreuse
Interrogé sur ses origines allemandes lors de la conférence de presse du film "Melancholia", Lars von Trier dérape en parlant de son goût pour "l'esthétique nazie" et Albert Speer. Il y évoque aussi sa sympathie pour Hitler. "Je comprends Hitler. Je pense qu'il a fait de mauvaises choses, absolument, mais je peux l'imaginer assis dans son bunker à la fin."
Conférence de presse de Lars von Trier au Festival de Cannes 2011
Le désastre ne s'arrête pas là puisqu'il affirme ensuite "être un nazi", avant d'essayer de se rattraper, en vain. "Bien sûr, je ne suis pas pour la seconde guerre mondiale, je ne suis pas contre les juifs. Je suis avec les juifs bien sûr, mais pas trop... Parce que Israël fait vraiment chier", déclare-t-il, déclenchant des rires gênés dans l'assistance. Malgré des excuses presque immédiates, Lars von trier est exclu du Festival de Cannes pendant sept ans.
2014
Lars von Trier revient à la charge contre Cannes
Lors de la présentation à la Berlinale du premier volet de son diptyque sur l'éveil sexuel d'une jeune femme, "Nymphomaniac", le réalisateur arbore un t-shirt sur lequel est marqué "Persona Non Grata, Sélection Officielle". Une inscription accompagnée de la célèbre Palme d'Or cannoise.
Lars von Trier arbore un t-shirt "Persona non grata" lors de la présentation de Nymphomaniac volume I à la Berlinale

Lars von Trier arbore un t-shirt "Persona non grata" lors de la présentation de Nymphomaniac volume I à la Berlinale

© JOHANNES EISELE / AFP
Cette sortie remarquée fait référence à son interdiction de fouler les marches du Festival de Cannes après ses propos sur Hitler, trois ans plus tôt.
2017
Les accusations de harcèlement sexuel
Le cinéaste a récemment été visé par des accusations de harcèlement sexuel, proférées par la chanteuse islandaise Björk, lauréate du Prix d'interprétation féminine en 2000 pour "Dancer in the Dark". Dans un post Facebook datant de 2017, elle détaille les abus physiques et psychologiques que lui a fait subir "un réalisateur danois".

Pas de méprise possible vu que le seul metteur en scène danois avec lequel Björk ait travaillé se trouve être Lars von Trier. Niant ces allégations, ce dernier s'est défendu en évoquant le caractère difficile de la star islandaise pendant le tournage.
2018
"The House that Jack built" écœure la Croisette
Pour son grand retour, Lars von Trier a eu droit à une longue ovation de la part du public du Grand Théâtre Lumière, curieux de découvrir "The House that Jack built". Projeté hors-compétition lors d'une séance tardive, le film faisait exceptionnellement mention de la présence de "scènes violentes" sur son ticket d'entrée.

Cela n'a pas empêché certains spectateurs horrifiés de quitter la salle, notamment après une scène d'une rare violence où des enfants se font tuer, et une autre où une femme se fait découper les seins. 
Bande-annonce officielle de "The House that Jack built" de Lars von trier

La réconciliation entre Lars von Trier et le public cannois promet d'être difficile, malgré les précautions prises par la direction du Festival pour éviter tout débordement. Au vu des antécédents du réalisateur danois, la projection de son dernier film s'est faite sans conférence de presse.