Cannes 2018 : 10 ans après "Valse avec Bachir", Mandela s’anime au Festival

Publié le 14/05/2018 à 18H41
  • "The State against Mandela and the others"
  • "The State against Mandela and the others" 2
  • "Samouni Road"
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  • "The State against Mandela and the others"
    "The State against Mandela and the others"  © UFO Distribution
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    "The State against Mandela and the others"  © UFO Distribution
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    "Samouni Road" © DR
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    "Samouni Road" © DR
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    "Another day of life" © Kanaki Films
  • "Another day of life" 2
    "Another day of life" © Kanaki Films

Dix ans après le documentaire animé "Valse avec Bachir", le Festival sort à nouveau les crayons pour 3 films, "The State against Mandela and the others", "Another day of life" (séances spéciales) et "Samouni Road" (Quinzaine des réalisateurs). Le but : toucher un public différent et explorer une nouvelle forme de narration.

Aucune image, aucune trace. Comment représenter au cinéma ce qui n’a jamais été filmé ? En 2008, le réalisateur israélien Ari Folman trouve la solution avec « Valse avec Bachir » : le dessin. Une décennie plus tard, Cannes s’anime à nouveau pour le genre du documentaire animé avec trois films, "The State against Mandela and the others" sur le procès historique en Afrique du Sud, « Another day of life » sur la guerre civile en Angola (séance spéciale) et "Samouni Road" (Quinzaine des Réalisateurs), sur le massacre d'une famille à Gaza. 
Extrait de "Samouni Road" de Stefano Savona.

« Faire revenir les morts par l’animation »

A chaque fois, des dessins en noir et blanc ou en couleur s'intercalent avec des interviews, font revivre un passé trop lourd, se substituent aux archives. "L'animation vous permet en quelque sorte de faire revenir les morts", confirme Stefano Savona, le réalisateur de "Samouni road", réticent à l'idée de reconstituer le drame à Gaza avec des acteurs. Même chose pour Gilles Porte et Nicolas Champeaux, auteurs du documentaire sur le procès de Rivonia qui s'est soldé par l'emprisonnement en 1964 de militants anti-apartheid, dont Nelson Mandela. "Demander à des acteurs de rejouer le procès était inconcevable. Utiliser des archives tout au long aurait été ennuyeux", explique Nicolas Champeaux.
"The State against Mandela and the others" de Gilles Porte et Nicolas Champeaux, la bande annonce.

"Des respirations" dans une histoire "très dense"

"Le cahier des charges, c'était que le dessin ne prenne pas trop de place", souligne son co-réalisateur. Au contraire, sa fonction est même d'apporter "des respirations" dans une histoire "très dense", et parfois des touches d'humour en dessinant le procureur comme un vautour. Les séquences durent 45 minutes pour une heure de documentaire, là où Raul de la Fuente a choisi très largement l'animation pour évoquer la guerre civile angolaise via un biopic du journaliste-écrivain polonais Ryszard Kapuscinski dans "Another day of Life" présenté en séance spéciale.
"Another day of life" de Raul de la Fuente et Damian Nenow, la bande annonce.

10 ans de travail

Avec « Another day of life », l'ambition est de séduire le jeune public. "L'esthétique, le rythme, la musique du film, tout a été pensé pour les attirer", confirme l'Espagnol qui a co-réalisé le film avec le Polonais Damian Nenow. Leur film adopte les codes du jeu vidéo : images en couleurs très réalistes, attention aux détails comme ces mouches qui bourdonnent autour d'un cadavre et bien sûr, un personnage principal au statut de héros. Des témoignages intercalés viennent rappeler qu'il ne s'agit pas d'une fiction, comme à la fin de "Valse avec Bachir" où des archives télévisuelles évoquaient le massacre de civils palestiniens dans les camps de Sabra et Chatila, au Liban.

 

L'affiche de "Valse avec Bachir" d'Ari Folman, nommé 8 fois à Cannes en 2008.

L'affiche de "Valse avec Bachir" d'Ari Folman, nommé 8 fois à Cannes en 2008.

© New Israeli Foundation for Cinema & Television

Derrière les dessins, l’Histoire

Si l'animation permet de renouveler le genre documentaire, elle nécessite aussi un travail titanesque. "Ça a pris presque dix ans. C'est une technique très ambitieuse", explique Raul de la Fuente.
 
Le duo à l'origine de "The State against Mandela and the others" a, lui, fait appel au dessinateur Oerd qui a chapeauté une équipe de dix animateurs. Chacun produisait une minute d'animation par semaine. Mais "la force du film est au-delà de la forme. Si les gens retiennent la forme avant le fond, c'est qu'il y a un problème", estime Gilles Porte.

Pour cette 71e édition du Festival de Cannes, le procès du futur président sud-africain, la guerre civile en Angola ou encore la mémoire de Gaza, reprennent vie. Et cette fois, en dessins.