"Don Quichotte" à Cannes : les tribulations du film maudit continuent

Mis à jour le 30/04/2018 à 19H42, publié le 30/04/2018 à 16H25
"L'Homme qui tua Don Quichotte" de Terry Gilliam (ici les acteurs Adam Driver et Jonathan Pryce).

"L'Homme qui tua Don Quichotte" de Terry Gilliam (ici les acteurs Adam Driver et Jonathan Pryce).

© Diego Lopez Calvin

Le Festival de Cannes a dénoncé lundi dans un communiqué les "agissements" du producteur Paulo Branco, qui veut interdire la projection le 19 mai, en clôture du festival, de "L'Homme qui tua Don Quichotte" du Britannique Terry Gilliam.

Un examen en référé le 7 mai

Les droits de ce film font l'objet d'un contentieux juridique entre l'ex-Monty Python Terry Gilliam et le producteur portugais Paulo Branco, qui lui a acheté en avril 2016 ses droits d'auteur-réalisateur via sa société Alfama Films, basée en France. 

La justice française examinera le 7 mai, à la veille de l'ouverture du festival de Cannes, une demande d'interdiction de la projection de "L'Homme qui tua Don Quichotte" de Terry Gilliam prévue le 19 mai. La société Alfama Films Production de Paulo Branco, qui dénonce un "passage en force" du festival, a en effet assigné le festival en référé.

Un volet de l'affaire a été examiné en appel à Paris début avril. La décision est attendue le 15 juin. En première instance, en mai 2017, la justice française s'était prononcée en faveur de M. Branco, tout en rejetant la demande du producteur de stopper le tournage en cours.

Le festival "se tient du côté des cinéastes"

Dans son communiqué lundi, la direction du festival de Cannes dit qu'elle "respectera la décision de justice". Mais elle souligne qu'elle "se tient du côté des cinéastes et en l'espèce du côté de Terry Gilliam, dont on sait l'importance qu'a pour lui un projet qui a connu tant de vicissitudes".

"Nous étions prévenus des recours possibles et des risques encourus, mais en l'occurrence, lorsque notre décision a été prise, rien ne s'opposait à la projection du film au Festival", rappellent les organisateurs dans un communiqué où ils s'en prennent à M. Branco, qui "laisse son avocat procéder à des intimidations ainsi qu'à des affirmations diffamatoires aussi dérisoires que grotesques".

Défendant leur position, MM. Lescure et Frémaux, président et délégué général du Festival, estiment que "la défaite serait de céder à la menace".

"Les artistes ont besoin qu'on les soutienne, pas qu'on les attaque. Cela a toujours été la tradition du Festival de Cannes, et cela le restera", insistent-ils, dans un contexte où deux cinéastes invités en Sélection officielle sont assignés à résidence (le Russe Kirill Serebrennikov et l'Iranien Jafar Panahi) et où un film kenyan est censuré dans son pays. 

La réplique ne s'est pas fait attendre: "le Festival de Cannes n'est pas au-dessus de la loi et la virulence et l'agressivité de sa communication n'y changeront rien", a réagi en début de soirée l'avocate de Paulo Branco, récusant l'emploi de "méthodes d'intimidation" de la part de son client.
 
L'HOMME QUI TUA DON QUICHOTTE Bande Annonce (Terry Gilliam, 2018)

 

Un film maudit

Ces épisodes viennent prolonger la "malédiction" qui frappe depuis 18 ans "L'Homme qui tua Don Quichotte", adaptation libre du classique de Cervantes.

En 2000, Terry Gilliam avait du avec Jean Rochefort, Johnny Depp et Vanessa Paradis, mais avait dû abandonner le tournage, en raison notamment de problèmes de dos de Jean Rochefort et de pluies diluviennes. Au fil des ans, le réalisateur britannique avait plusieurs fois tenté de ressusciter son projet avec différents acteurs, mais échoué faute de financements. Il a fini par le faire avec Jonathan Pryce ("Brazil") et Adam Driver ("Star Wars: le Réveil de la Force"). 

"C'est comme être guéri d'une tumeur au cerveau, c'est comme d'être libre", commentait, ravi, Terry Gilliam lors d'un entretien en mars à l'AFP. "J'ai été prisonnier de Don Quichotte pendant 25 ans, presque 30, donc bye bye ! Ma crainte est de décevoir", déclarait-il, avant cette nouvelle tempête.